Le tram à Perly suspendu à une route qui embarrasse tout le monde
Le Tribunal administratif fédéral admet un recours des opposants. Il estime que trop de surface agricole serait détruite. Les opposants jubilent et le canton se tâte pour un recours éventuel au Tribunal fédéral.
Farid Ben Slimane se tient sur le champ qui aurait dû disparaître si le Tribunal administratif fédéral (TAF) n’avait pas dit non: «Cette route longerait l'autoroute et ça serait une quatrième route à Perly. On a l'autoroute, cette route de desserte, la route de Saint-Julien, la route de Certoux et la route de Base. Cela fait beaucoup de routes sur très peu d'espace», dénonce le vice-président de l’Association de défense des riverains et commerçants de Perly-Certoux (ADRCP).
«C'est uniquement une victoire d’étape»
Le tracé de la future route de contournement n’a pas convaincu le Tribunal administratif fédéral. Cette desserte était censée libérer la route de Saint-Julien des voitures, au profit du tram 15 à destination de la France. Mais la justice estime que l’empiètement sur les terrains agricoles est trop important. Elle a admis le recours des opposants. Pour eux - des agriculteurs, des commerçants et des riverains - c’est le soulagement: «Ce verdict est une belle victoire d'étape, mais c'est uniquement une victoire d’étape. Et ça confirme nos demandes et nos inquiétudes», poursuit Farid Ben Slimane.
La commune, qui n’est pas partie dans ce dossier, ne prend pas position. Mais le maire entend les préoccupations de la population. Depuis l’appartement d’un riverain, il commente le tracé initialement prévu. La route passerait juste sous la terrasse, devant la chambre à coucher de ces habitants, pour partir ensuite en diagonale, en longeant l'autoroute A1. Une perspective qui n'a en effet pas de quoi ravir les concernés.
«On attend du canton de trouver une solution, éventuellement une alternative sans cette route de contournement, afin de faire passer le tram à Perly»
Le maire déplore toutefois le retard des travaux que prendra inévitablement la ligne 15. Car une autre partie de la population attend, elle, le désengorgement de la route de Saint-Julien, où passent 17'000 voitures par jour: «On attend du canton de trouver une solution, éventuellement une alternative sans cette route de contournement, afin de faire passer le tram à Perly.»
«Aujourd'hui, c'est de plus en plus difficile d'envisager des solutions alternatives, parce que le terrain n'est pas extensible»
Le tribunal considère aussi que d’autres options auraient dû être examinées. Un défi difficile selon le conseiller d’État Pierre Maudet, qui doit rencontrer toutes les parties au projet d’ici quelques jours: «Effectivement, il est reproché de consommer trop de surface agricole. C'est un reproche qu'on peut entendre. Il y a 15 ans, quand le projet a été imaginé, ce n'était pas un reproche qui prenait autant d'importance que ça. Mais aujourd'hui, c'est de plus en plus difficile d'envisager des solutions alternatives, parce que le terrain n'est pas extensible.» Cela pourrait passer par la création de P+R sur sol français, selon le ministre chargé des mobilités.
Le Canton a jusqu’au 15 septembre pour faire recours. Les opposants menacent déjà de lancer une initiative dans ce cas de figure. Si le Conseil d’État perd au Tribunal fédéral, il devra revoir tout le projet, en plus du retard que le dossier aura pris avec la bataille judiciaire. Au passage, il perdrait la subvention fédérale de 40 millions de francs. Si le canton gagne, il devra construire cette route de contournement dont plus grand-monde ne veut.