Natacha Buffet Desfayes quitte à son tour la Fondation d’art dramatique
Au lendemain de l’annonce du départ de Nicole Valiquer Grecuccio, Natacha Buffet Desfayes annonce elle aussi quitter la Fondation d’art dramatique (FAD). Elle dénonce notamment la manière dont le conseil de fondation a été associé au traitement de l’audit de la Cour des Comptes et pointe des dysfonctionnements qui perdurent.
Natacha Buffet Desfayes quitte la Fondation d’art dramatique. Invitée à réagir au départ de Nicole Valiquer Grecuccio, elle a annoncé avoir décidé de prendre «cette même voie». Une décision mûrie depuis plusieurs jours, dans un contexte de crise persistante autour de la FAD.
Parmi ses principaux griefs figure le traitement de l’audit de la Cour des Comptes. Natacha Buffet Desfayes regrette que l’ensemble du conseil de fondation n’ait pas été associé à son analyse. «Ça a été fait par le bureau», rappelle-t-elle, alors que celui-ci ne représente qu’une partie du conseil. Une manière de procéder qu’elle juge difficilement acceptable au vu de la situation.
Elle critique aussi les réactions qui ont suivi la publication de l’audit. Selon elle, le débat s’est trop rapidement focalisé sur la présence de représentants politiques au sein du conseil de fondation. «J’ai eu le sentiment que la magistrate venait en disant que les politiques n’ont rien à faire ici, ils n’ont pas de compétences.» La Cour des Comptes recommande pourtant, souligne-t-elle, de définir précisément les compétences nécessaires et celles effectivement présentes au sein de l’organe.
Natacha Buffet Desfayes dit également avoir ressenti «une forme de blocage» depuis son arrivée à la FAD ce printemps. Elle estime que son expérience politique et son intérêt de longue date pour la culture n’ont pas trouvé la place qu’elle espérait au sein de la fondation.
«On ne parle plus d’art, on ne parle plus des artistes, on ne parle plus du public»
Pour expliquer la crise, elle évoque notamment le changement d’échelle provoqué par la Nouvelle Comédie. L’institution compte aujourd’hui environ 80 postes, soit 68 équivalents plein temps. «Il y a une transition qui, visiblement, a manqué», analyse-t-elle. Elle ne met pas en cause une personne en particulier, mais «un système complet», auquel se sont ajoutées des difficultés de fonctionnement et de surveillance.
Une situation qui dure, selon elle, depuis trop longtemps. «On ne parle plus d’art, on ne parle plus des artistes, on ne parle plus du public», regrette Natacha Buffet Desfayes. Elle rappelle également que le contribuable genevois finance le fonctionnement à hauteur de 13 millions de francs par année.
Interrogée sur une éventuelle disparition de la FAD au profit d’une nouvelle structure, elle estime que la réflexion sur la gouvernance des institutions culturelles est engagée depuis longtemps, mais trop lentement. Elle pointe notamment le rôle du département de la culture de la Ville de Genève et le manque d’outils de contrôle relevé par l’audit. La future cogouvernance et le cofinancement avec le canton devront donc selon elle, intervenir sur des bases plus solides.
Malgré son départ, Natacha Buffet Desfayes assure qu’elle ne tourne pas le dos à la culture. Elle entend poursuivre son action politique au Grand Conseil. «Il y a des moments où je pense qu’il faut savoir claquer la porte, ce n’est pas parce que la culture ne va plus m’intéresser», conclut-elle.