Premier grand meeting de Marine Le Pen à Orléans
Marine Le Pen s'est exprimée lors du congrès du Rassemblement national à Orléans.
Photo: KEYSTONE/AP/Teresa SuarezPour son premier grand discours de campagne, la candidate de l'extrême droite Marine Le Pen a développé dimanche son projet de 'renaissance' sans 'rupture brutale' pour un pays en crise et esquissé les contours d'une présidence que les sondages lui promettent.
Malgré les manifestations de la veille, malgré l'attentat raciste de Trappes, en banlieue parisienne, 'la France a de beaux jours devant elle', a affirmé d'entrée la patronne du Rassemblement national (RN) à Orléans (centre).
Dans une arène remplie de 8500 militants chauffés à blanc, scandant régulièrement 'on va gagner', la quadruple candidate à l'Elysée a voulu délivrer un message optimiste, autour du thème central de sa campagne: la 'renaissance'.
Parce qu'à ses yeux 'la bataille du constat est gagnée' et que 'tout le monde en France est d'accord avec nous', la cheffe de file de l'extrême droite française s'est efforcée de rassurer ceux qui redoutent son accession au pouvoir - quasiment acquise selon les sondages qui la donnent largement en tête au premier tour et gagnante dans tous les scénarios au second.
Cette 'renaissance' qu'elle promet ne serait ni une 'rupture brutale', ni une 'révolution destructrice'. Au contraire, elle y voit une manière de 's'élever vers le beau'. Pour y parvenir, elle mise cependant sur 'la puissance' et la fermeté radicale d'un programme déjà connu, notamment en matière de sécurité et d'immigration.
'Rétablir l'ordre'
Mais elle a laissé les déclarations martiales à son dauphin Jordan Bardella, le président du RN, qui s'est chargé de souligner qu'une fois en place, il 'utilisera tous les moyens légaux pour rétablir l'ordre et protéger les honnêtes gens'.
Marine Le Pen, elle, a réaffirmé sa volonté d'en faire son Premier ministre en cas de victoire, à la tête d'un gouvernement qu'elle souhaite 'd'union nationale'. Justement, leur allié Eric Ciotti, qui avait quitté le parti des Républicains (LR, droite) pour se rapprocher avec sa formation du RN, venait de vanter cette 'union pour la France' et d'appeler ses 'anciens amis' des LR à 'revenir à la maison'.
Les deux lieutenants ayant copieusement fait huer tous ses adversaires, Marine Le Pen s'est abstenue de 'donner des noms' en patûre. Ce qui ne l'a pas empêché de mettre dans un même sac les ennemis de sa 'renaissance': les 'obscurantismes' de l'islamisme, des antifascistes, des Insoumis et des écologistes.
Incident en tribunes
Des opposants soigneusement tenus à distance du meeting, par les 3000 policiers et gendarmes déployés tout le weekend dans une ville qui s'était barricadée par crainte des débordements. Un dispositif qui avait permis la veille de tenir à l'écart les 13'000 à 26.000 manifestants venus dénoncer la tenue du congrès du parti à la flamme. Et qui a encore empêché une centaine de militants antifascites d'approcher du lieu du meeting dimanche.
Une poignée d'activistes a néanmoins réussi à se glisser dans la salle, déployant une banderole ciblant Jordan Bardella, réélu la veille à la tête du parti : 'Le racisme et l'antisémitisme ça ne dérange pas le RN, au contraire'.
Allusion explicite aux révélations du site d'investigation Mediapart sur des écrits de jeunesse antisémites attribués au dirigeant nationaliste - qui a porté plainte pour diffamation.
L'action, revendiquée par l'Union des étudiants juifs de France (UEJF), a immédiatement donné lieu à une altercation avec le public, puis à une intervention musclée du service d'ordre du RN, qui a également fait sortir de la salle un journaliste de Mediapart présent à proximité.
Déjà pris à parti la veille lors du congrès, les journalistes du site ont choisi de quitter les lieux, estimant que leur sécurité n'était 'pas assurée dans cet endroit'. L'UEJF a pour sa part annoncé une plainte pour violences en réunion.
En réponse, Jordan Bardella a accusé 'des militants d'ultragauche, qui se revendiquent de l'UEJF' d'être 'venus accompagnés de Mediapart pour agresser et attaquer des militants'.
L'incident n'a pas fait dévier Marine Le Pen, qui a été condamnée en appel pour détournement de fonds publics du Parlement européen, du message qu'elle était venue délivrer. Pas même quand elle a fait l'éloge de la 'civilité', autre pilier de sa 'renaissance'. Un remède à 'l'ensauvagement', a-t-elle affirmé. Mieux, 'le chemin le plus sûr pour faire reculer la violence dans notre société'.
/ATS