Économie

La grogne sociale monte: grève et manifestations partout France

05.11.2026 08h07

France: des centaines de milliers de manifestants attendus

Emboitant le pas au mouvement lycéen, les salariés et fonctionnaires français sont appelés par les syndicats à faire grève ce jeudi (archives).

Photo: KEYSTONE/EPA/FIRAS ABDULLAH

'On en a ras-le-bol' : des centaines de milliers de personnes doivent manifester jeudi en France pour les salaires et le pouvoir d'achat, lors d'une journée placée sous haute surveillance après les violences et pillages du 17 octobre.

A moins de six mois de la présidentielle, avec l'extrême droite donnée favorite par les sondages, les autorités attendent 500'000 à 700'000 personnes hors de Paris et 40'000 à 80'000 personnes dans la capitale.

Cette journée pourrait constituer le point d'orgue d'un automne social très chaud dans un pays, deuxième économie de la zone euro, qui est surendetté et sous la surveillance étroite des marchés pour assainir ses finances.

Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé mobiliser 70'000 policiers et gendarmes, promettant 'une réponse d'une extrême fermeté' aux éventuels 'débordements'.

Les premiers cortèges se sont élancés en matinée. À Clermont-Ferrand (centre), plusieurs centaines de personnes ont commencé à défiler dans le calme derrière une banderole 'pouvoir d'achat et justice sociale maintenant'.

'Rien à bouffer'

'Il y a une colère générale, on en a ras-le-bol, on ne crève pas de faim, mais on doit aider nos enfants qui ont pourtant fait des études', souligne à l'AFP Sylvie Larneury, 61 ans, cadre de santé.

A Nantes (ouest), une foule dense de plusieurs milliers de personnes s'est formée, parmi laquelle se détachent les drapeaux des syndicats et des pancartes où l'on peut lire 'fâchés et fauchés' ou 'le silence est un luxe'.

A Marseille (sud-est), deuxième ville du pays, Léa, 31 ans, assistante sociale, munie d'une pancarte 'mère en colère, la vie est trop chère', en a 'ras-le-bol de compter son argent'.

'On n'a rien à bouffer, ça me fait peur. J'achète des produits mauvais. On veut un caddie moins cher, de l'essence moins chère', lance-t-elle.

Pour la candidate écologiste à la présidentielle, Marine Tondelier, le président Emmanuel Macron paye 'pour toute son oeuvre' avec le mouvement social actuel. Il 'finit son mandat comme il a gouverné, c'est-à-dire seul contre tous'.

Mouvement composite

Il s'agit du premier appel à manifester depuis la rentrée qui concerne le secteur public et privé. Le mouvement a vu se rallier les lycéens et étudiants, les gilets jaunes, qui ont relancé les protestations contre la vie chère depuis trois samedis, mais aussi des agriculteurs.

Quelque 15,81% des enseignants sont en grève à l'appel des syndicats, selon le gouvernement.

Selon le décompte des autorités, 2,2 % des établissements sont 'bloqués' jeudi, soit 81 lycées, sur les 3700 lycées que compte le pays. L'Union syndicale lycéenne (USL) fait état de 1000 lycées 'à l'arrêt', soit à la fois ceux bloqués et ceux fermés administrativement.

'Ce n'est pas avec des mesures sécuritaires qu'on va mettre fin aux manifestations, c'est en répondant aux revendications', a critiqué Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, évoquant 260 manifestations prévues dans toute la France.

Pouvoir d'achat menacé

Entre envol des prix des carburants et projet de budget d'austérité, le pouvoir d'achat est au coeur de la grogne sociale, qui n'a cessé de prendre de l'ampleur depuis la fin de l'été.

Une personne sur deux déclare s'en sortir difficilement avec les ressources de son foyer, selon un baromètre publié mercredi.

Les syndicats demandent une revalorisation du salaire minimum (Smic), qui n'a pas connu de coup de pouce depuis 2012, une augmentation de l'ensemble des salaires, davantage de justice fiscale, une préservation des services publics, et toujours de meilleures conditions d'études pour les jeunes.

Concernant le salaire minimum, le gouvernement a annoncé qu''il y (aurait) peut-être une mesure', avec une possible annonce vendredi.

Cette journée de mobilisation s'accompagne de protestations sur des atteintes à la liberté de manifester, face aux interdictions dans plusieurs villes de défiler dans certaines parties de leurs centres urbains.

À Lyon (centre-est), troisième ville de France, la préfecture, qui avait interdit la manifestation dans l'hyper-centre et proposé un autre parcours en ville, a obtenu raison auprès de la justice.

À Paris, des rubalises ont été installées par la police le long du boulevard Voltaire, qu'empruntera finalement le cortège après un bras de fer judiciaire perdu par l'intersyndicale contre la préfecture de police. Des commerces ont protégé leurs vitrines avec des planches de bois.

Des organisations, dont le Syndicat de la magistrature (SM), le Syndicat des avocats de France (Saf) et la Ligue des droits de l'homme (LDH) ont aussi dénoncé une 'bascule autoritaire' et saisi le Conseil d'État.

Le mouvement de protestation en France trouve un écho dans plusieurs pays européens. Lycéens, étudiants et enseignants sont descendus à nouveau dans la rue jeudi en Grèce pour réclamer davantage de moyens.

Des manifestations contre la vie chère et pour exiger davantage de moyens pour l'éducation ont également eu lieu ces derniers jours en Allemagne et en Italie.

/ATS