Genève

Airbnb: un nouvel outil informatique pour traquer les locations illégales

06.11.2026 17h30 Denis PALMA

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Comment faire respecter la limite des 90 jours de location sur Airbnb? Le Grand Conseil genevois a adopté jeudi soir une motion pour améliorer la surveillance des hébergements touristiques, mais en abandonnant plusieurs mesures initialement proposées. Le canton mise désormais sur un dispositif informatique lié au registre de police pour détecter les abus.

Un appartement entièrement rénové au cœur de la Vieille-Ville de Genève, disponible à la nuitée en quelques clics. Sur Airbnb, les offres de ce type sont nombreuses. Mais respectent-elles toutes la réglementation genevoise? Depuis 2019, la location d'un logement entier est limitée à 90 jours par an. Au-delà, elle est considérée comme un changement d'affectation, en principe interdit.

Une règle dont les hôteliers doutent qu'elle soit réellement respectée. Ils dénoncent une concurrence déloyale et surtout un manque de contrôles. «Nous sommes face à un trou noir», déplore Xavier Rey, président de la Société des hôteliers de Genève. «Ce que nous savons aujourd'hui, c'est effectivement de source sûre que certains ne jouent pas les règles du jeu et louent beaucoup plus que 90 jours.» Pour lui, ces pratiques constituent une forme d'hôtellerie illégale, qui échappe aux obligations imposées aux établissements traditionnels.

Plus de 2'400 annonces, mais combien d'infractions?

Pour mesurer l'ampleur du phénomène, il faut se tourner vers Inside Airbnb, un site indépendant qui analyse les données publiques de la plateforme. Selon les chiffres relevés en septembre 2026, 2'447 annonces étaient recensées à Genève, dont 70% de logements entiers.

Certains hébergements affichent une disponibilité supérieure à 90 jours par an. Mais cette donnée ne permet pas de déterminer combien sont effectivement loués au-delà de la limite légale.

De son côté, le Conseil d'État estimait en octobre 2025 à moins de 300 le nombre de logements potentiellement soustraits au marché locatif. Il reconnaissait toutefois ne pas pouvoir établir un chiffre précis.

Une motion largement remaniée

Ce manque de transparence a poussé le député Marc Saudan, ancien membre de LJS et désormais indépendant, à déposer une motion pour renforcer la surveillance des locations de courte durée.

Le texte initial réclamait un recensement exhaustif des annonces Airbnb, la création d'un organe de contrôle spécifique et la publication d'un bilan des infractions et des sanctions dans un délai de six mois.

«La troisième invite était vraiment d'avoir ce rapport public pour qu'on puisse voir si l'État effectue vraiment son travail», explique Marc Saudan.

Mais jeudi soir, le Grand Conseil a réduit la portée de la motion. La majorité a refusé de créer une nouvelle structure administrative, jugée inutilement lourde. La députée PLR Diane Barbier-Mueller a notamment mis en garde contre une nouvelle «usine à gaz».

Le recensement exhaustif et l'organe de surveillance ont donc été abandonnés. Seule subsiste la demande d'un rapport d'évaluation dans les douze mois. La motion amendée a été largement adoptée. 

Un nouveau dispositif informatique pour détecter les abus

Le bilan actuel des sanctions illustre les difficultés de contrôle. Selon les derniers chiffres officiellement communiqués par le Conseil d'État, une seule procédure administrative liée aux locations de type Airbnb a abouti depuis 2018. Elle s'est soldée par une obligation de remettre le logement sur le marché locatif ordinaire et une amende de 39'000 francs.

Pour changer la donne, le gouvernement mise sur un dispositif informatique adossé au registre de police déjà utilisé dans les hôtels. L'objectif est d'étendre le suivi des hébergements aux locations de courte durée, y compris celles proposées sur Airbnb.

Concrètement, chaque logement concerné devrait être identifié par un numéro officiel, affiché sur les plateformes de réservation. Lorsque le seuil légal des 90 nuitées sera atteint, un signalement serait transmis à l'Office cantonal du logement et de la planification foncière ainsi qu'à la police du commerce, chargés de vérifier la situation et de prendre d'éventuelles sanctions.

«La police se servira des informations de géomatique récoltées par le département du territoire», a expliqué jeudi Nicolas Walder, conseiller d'État chargé du Département du territoire. Le magistrat a confirmé qu'un crédit avait déjà été voté pour développer ces outils informatiques.

Le Conseil d'État entend avancer par une modification réglementaire, sans devoir créer une nouvelle autorité de surveillance.

Reste une inconnue majeure: la date de mise en service de ce système, qui n'a pas encore été précisée. Le gouvernement devra présenter un rapport d'évaluation au Grand Conseil dans les douze mois, soit d'ici novembre 2027.