Genève

Bataille autour de l'exportation du matériel de guerre

06.11.2026 19h56 Vincent Ulrich

Materiel de guerre

Le 29 novembre prochain, la Suisse est appelée aux urnes pour réviser la Loi sur le matériel de guerre. Objectif, alléger les conditions d’exportation des armes fabriquées en Suisse. Défense de la neutralité selon les partisans, mais aussi de l’économie alors qu’une quinzaine d’entreprises sont actives dans le domaine à Genève. Pour les opposants, la Suisse abandonne totalement le contrôle de ses armes.

C’est dans un climat de peur que les partisans du Oui à la Loi sur le matériel de guerre se sont réunis ce matin. Alors que leur communication devait avoir lieu au cœur d’une entreprise genevoise active dans le secteur de l’armement, ces derniers se sont retrouvés dans les locaux de la Chambre de commerce à la suite de l’incendie criminel d’une usine d’armes à Thoune il y a une semaine.

Cruciale pour l'armée, selon les partisans

C’est que la campagne est tendue. L’objet soumis au peuple le 29 novembre propose un assouplissement des conditions d’exportation du matériel de guerre suisse, en autorisant la livraison dans des pays impliqué dans un conflit armé, si elle est compatible avec la neutralité et les intérêts de la Suisse. Pour ses partisans, cette modification est cruciale. Philippe Cordonier, directeur romand de Swissmem, souligne cet enjeu: «C’est donner à notre armée la capacité d’acheter du matériel à notre industrie suisse. Parce qu’on a aujourd’hui une armée qui manque de moyens, qui manque aussi de produits de haute qualité. Et notre industrie suisse, si elle perd ses capacités d’exporter, elle perd aussi sa capacité de fournir ses produits de haute technologie à notre propre armée.»

Le conseiller aux États MCG Mauro Poggia insiste sur les restrictions de réexportation: «On a vu à quel point le fait d’interdire des réexportations des années après l’acquisition de notre matériel fait que les acquéreurs potentiels préfèrent acheter ailleurs parce qu’ils ne veulent pas être pieds et poings liés le moment où il faudrait utiliser ces armes ailleurs, peut-être même à très bon escient.»

L’industrie genevoise défend ses débouchés

A Genève, 13 entreprises sont actives dans le domaine militaire. Huit d’entre elles disposent de contrats d’affaire compensatoires. Autrement dit, des commandes d’entreprise étrangères en compensation de la livraison par ces entreprises de matériel à l’armée suisse.

Un non dans les urnes le 29 novembre aurait des conséquences économiques à Genève. Christophe Gerber, président du groupe romand pour le matériel de défense et de sécurité, met en avant les emplois concernés: «Genève, comme le reste de la Romandie et de la Suisse, est un endroit où il y a énormément de compétences et places de travail spécialisées qui sont actives dans des domaines duals, soit défense, soit dans le domaine privé. Et la défense est un accélérateur finalement pour ces entreprises.»

Le contrôle des exportations au cœur du débat

Ces arguments sont balayés par les opposants. Pour la gauche, l’aspect économique mis en avant, est un faux argument. La conseillère nationale verte Delphine Klopfenstein Broggini défend une autre approche: «Et clairement, par rapport aux emplois, ce qu’on doit réussir à faire aujourd’hui, c’est peut-être de réorienter certains secteurs économiques. Parce qu’évidemment, il ne faudra jamais oublier les travailleurs, les travailleuses. Mais par contre, certains métiers, on devra peut-être s’en détourner. Et moi, je suis évidemment une partisane de la paix. On a aujourd’hui en Suisse et en Genève en particulier la capacité de jouer ce rôle, ce rôle diplomatique, et c’est là qu’on doit s’investir.»

Mais les référendaires défendent surtout l’importance pour la Suisse de savoir où vont ses armes. En 2018, des grenades de fabrication suisses avaient été retrouvées en Syrie, aux mains de l’État islamique. Rayyân Rehouma, secrétaire politique du Groupe pour une Suisse sans armée, dénonce les risques de cette révision: «Cette révision, c’est un grave retour en arrière sur tous les critères qui avaient permis d’instaurer un certain contrôle sur les exportations d’armes suisses et qui empêchait justement que des armes arrivent dans des zones de guerre ou qu’on perde la trace de ces armes et qu’elles arrivent aux mains de groupes terroristes comme c’est arrivé en 2018. Et aujourd’hui, le Parlement et le lobby de l’armement veulent vraiment nous faire perdre tout ce contrôle, notamment en supprimant les déclarations de réexportation.»

Dans un contexte de renforcement de la menace sécuritaire en Europe, à quelques encablures de la frontière, le choix de l’exportation des armes suisses sera scruté. Le peuple se décidera le 29 novembre.