Le pape attendu en Argentine, où l'Eglise conteste Milei
Le pape se rend en Argentine dimanche, sur la terre de son prédécesseur François.
Photo: KEYSTONE/EPA/GASTON BRITOSLe pape Léon XIV se rend en Argentine dimanche pour la deuxième étape de sa tournée en Amérique du Sud, où il rencontrera le président ultralibéral Javier Milei. Les mesures d'austérité drastiques de ce dernier ont été critiquées par l'Église.
Le chef des 1,4 milliard de catholiques dans le monde devrait s'y exprimer en défense des pauvres et des plus vulnérables, sur fond de tensions sociales face au lourd tribut humain des coupes budgétaires de Milei dans des secteurs publics cruciaux.
À peine trois semaines après une opération pour un cancer du poumon, le souverain pontife de 71 ans effectue une ambitieuse tournée de 12 jours sur le continent où il a oeuvré environ vingt ans comme missionnaire et évêque.
Après trois jours en Uruguay - pays le plus laïc d'Amérique latine - où il a condamné la violence liée au trafic de drogue et appelé à mettre fin à la pauvreté infantile, il effectue la première visite d'un pape en Argentine depuis près de 40 ans.
Ce voyage vise à insuffler un nouvel élan à une foi catholique en perte de vitesse, mais toujours largement majoritaire, partagée par 57,7% des Argentins selon une récente enquête de l'Université de Buenos Aires.
Sur les pas de François
Ce déplacement a aussi une dimension de consolation, dans un pays déçu que son prédécesseur François, ancien archevêque de Buenos Aires, ne soit jamais revenu en Argentine en 12 ans de pontificat, jusqu'à sa mort en 2025.
Dans les rues de Buenos Aires, la fièvre papale était encore peu perceptible dimanche, alors que le souverain pontife a consacré sa première journée à des activités fermées au public, comme une réunion avec M. Milei, et un discours devant les autorités, la société civile et le corps diplomatique.
Mais selon les autorités argentines, jusqu'à sept millions de personnes sont attendues sur quatre jours, sur l'ensemble des déplacements du pape.
Lors de ce voyage, Léon XIV ira à la rencontre de personnes âgées, handicapées et de prisonniers. Il devrait appeler à une plus grande protection des plus vulnérables face à l'austérité, qui a poussé des millions d'Argentins au seuil de la misère.
Miguel de Leon, chauffeur de taxi de 73 ans qui compte bien assister à la messe en plein air prévue lundi, a dit à l'AFP espérer que la visite du pape 'apporte un peu de paix' au pays.
Susana Arauz, avocate de 75 ans, veut pour sa part croire que le pape 'prendra position' contre un 'gouvernement despotique qui maltraite les plus vulnérables'.
Javier Milei est arrivé au pouvoir fin 2023 en promettant - et réussissant dans une large mesure - de juguler une inflation galopante, en réduisant l'État-providence, en ciblant en particulier les hôpitaux publics, les universités et les retraites.
Une Argentine en crise
Mais près de 300'000 emplois ont été perdus en trois ans, privés et publics, et le taux de pauvreté qui a connu de fortes variations a rebondi en 2026, touchant près d'un Argentin sur trois.
Javier Milei, qui se qualifie d''anarcho-capitaliste', a de maintes fois exprimé son rejet de la justice sociale, selon lui une 'aberration', un 'vol', 'profondément injuste car elle prend à certains et donne à d'autres'.
La justice sociale est un thème fort de l'Encyclique Magnificas humanitas de Léon XIV, qui y consacre un chapitre. Proche allié du président américain Donald Trump, avec un style offensif similaire, Milei entretenait une relation tendue avec François.
En campagne, cet économiste médiatique, dont le symbole politique est une tronçonneuse, avait traité son compatriote 'd'imbécile' pour avoir défendu la justice sociale.
A la suite de son élection, il avait considérablement baissé le ton, présentant des excuses publiques, avant d'être chaleureusement reçu au Vatican en février 2024, actant une réconciliation médiatisée avec le pape François.
Avec Léon XIV, ses relations sont jusqu'ici cordiales. Symboliquement, le premier pape américain, qui détient également la nationalité péruvienne, se rendra lundi 'chez' François, à la cathédrale de Buenos Aires pour y présider les Vêpres.
L'Église locale a réprimandé à plusieurs reprises le coût social de l'austérité de Milei, l'archevêque de Buenos Aires, Jorge Garcia Cuerva, estimant encore le mois dernier que 'le pape est attendu par une Argentine en crise', où 'souffre un trop gros pourcentage de personnes en grande difficulté, des frères très pauvres depuis de nombreuses années'.
/ATS