Mūza Rubackytè fait résonner Penderecki face aux tragédies du monde
La pianiste lituanienne Mūza Rubackytè publie un nouveau disque consacré au concerto «Résurrection» de Krzysztof Penderecki. Une œuvre puissante, écrite après les attentats du 11 septembre, qui trouve aujourd’hui un écho particulier.
Pianiste mondialement reconnue et forte d’une discographie de près de 40 enregistrements, Mūza Rubackytè explore cette fois le répertoire contemporain. Sur son nouveau disque, elle interprète «Résurrection», le concerto pour piano de Krzysztof Penderecki, accompagné par l’Orchestre philharmonique de Lituanie. La partition a été composée dans la foulée des attentats de 2001 à New York.
La musicienne raconte sa rencontre avec le compositeur en 2003. «Je lui ai dit: Maestro, pourquoi vous n’écrivez rien pour le piano? Il m’a répondu: tu sais, dans le pays de Chopin […] je suis en train de réviser un concerto.» Une opportunité que la pianiste saisit immédiatement. «J’ai découvert ce concerto d’une puissance extraordinaire, d’une difficulté et d’une complexité. Je suis tombée dedans et je suis toujours là-dedans.»
Une musique contemporaine ancrée dans la mélodie
Pour Mūza Rubackytè, la musique de Penderecki possède une singularité rare dans le paysage contemporain: «C’est une musique contemporaine qui parle, qui a la mélodie, la nostalgie, la beauté.» Cette esthétique reste profondément liée au passé, «tout en projetant l’auditeur vers l’avenir», ajoute-t-elle.
Le concerto s’inspire d’un chant religieux qui serait venu à l’esprit du compositeur en regardant les images de l’effondrement des tours jumelles. «Il a dit: je vais écrire ce concerto autour de ce choral, qui sera une résurrection et une réparation de ce désastre», explique la pianiste.
Un écho aux tensions actuelles en Europe de l’Est
Originaire de Lituanie, Mūza Rubackytè confie que cette œuvre résonne particulièrement avec l’actualité. Dans les pays baltes, la menace russe reste très présente. «Quand je suis en Lituanie, nous avons peur. Les gens stockent l’eau dans les caves et ils ont des adresses pour envoyer les enfants à l’étranger.»
Dans ce contexte, la pianiste voit la musique comme une forme d’engagement: « Je pense que chaque artiste est un citoyen du monde. Il ne peut pas être détaché de ce qui se passe autour de lui. Il doit militer par les moyens qu’il a, par la beauté et par l’harmonie», conclut-elle.