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08 février 2021 - 19h14

À sept jours du procès Maudet, retour sur un séisme politique

maudet maudet

L’ancien président du Conseil d’État sera présenté aux juges la semaine prochaine. Il est accusé, pour rappel, d’acceptation d’un avantage. Le dénouement d’une affaire politique qui aura marqué Genève depuis 2015.

En 2015, Pierre Maudet s’envole en classe affaires pour Abu Dhabi, accompagné de sa famille, de son chef de cabinet et d’un entrepreneur genevois. Au programme: hôtel de luxe, cigares et grand prix de formule 1. Durant le séjour, le ministre en profite pour rencontrer des hauts dignitaires du régime, dont le prince héritier et ministre de la défense le Cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyane. Deux hommes d’affaires genevois jouent les intermédiaires, Magid Khoury et Antoine Daher. ) ce moment, personne n’a connaissance de ce voyage, ni bien sûr, qu’il est intégralement pris en charge par le régime émirati. Sa valeur: environ 50’000 francs. 

Trois ans pour que l'affaire éclate.

Quelques mois plus tard, un journaliste s’intéresse à cette escapade. Pierre Maudet reste évasif. Aucun article n’est publié. Mais en 2017, un inspecteur de la police judiciaire dépose un rapport sur le bureau du procureur général. Pierre Maudet est alors candidat au Conseil fédéral. 11 mai 2018, après l’élection cantonale au premier tour de Pierre Maudet, la Tribune de Genève révèle l’affaire. La version de Pierre Maudet sème le doute. Le Ministère public lance une procédure. Ce voyage, ne serait que la pointe de l’iceberg. D’autres cadeaux offerts à Pierre Maudet intéressent les procureurs. Comme le financement d’un sondage pré-électoral et l’organisation de deux fêtes d’anniversaire pour les 40 ans du ministre. L’une, dans l’établissement L’Escobar, aux Grottes.

Des mensonges face à la justice

En coulisses, le ministre, son chef de cabinet et les deux hommes d’affaires ayant aidé au voyage à Abu Dhabi échafaudent un mensonge sur le financement du voyage.Le 30 août 2018, la justice dispose d’assez d’éléments pour la mise en prévention de Pierre Maudet et de son chef de cabinet, Patrick Baud-Lavigne. Le 5 septembre, Pierre Maudet passe aux aveux sur Léman Bleu. Le parlement lève l’immunité de Pierre Maudet. En parallèle, on apprend que des perquisitions ont aussi été menées à l’aéroport. Autre entreprise dans la tempête, le groupe hôtelier Manotel. Ces deux volets seront finalement écartés du dossier pénal. L’enquête révélera aussi l’existence de caisses noires au sein du parti libéral-radical genevois,dont Pierre Maudet a profité pour ses élections et falsifier ses déclarations d’impôts. L’administration fiscale condamnera le ministre pour ce montage.

Le procès d'un conseiller d'État, une grande première à Genève. Mais quatre autres prévenus seront également jugés. Laetita Guinand revient sur les charges qui pèsent sur chacun d'entre eux ainsi que sur les peines qu'ils encourent.

Pierre Maudet

Selon l’acte d’accusation, l’ex-PLR Pierre Maudet est coupable d’avoir reçu, de manière indue, deux gros cadeaux en 2015 et 2017, délit d’« acceptation d’un avantage » en terme pénal. Le premier de ces cadeaux: un voyage en famille de quatre jours à Abu Dhabi pour un coût de 50 000 francs TTC, payé par les autorités émiraties. Deux hommes d’affaires auraient rendu cette excursion possible: Magid Khoury et Antoine Daher, lequel était d’ailleurs du voyage.

Le deuxième de ces «cadeaux», toujours selon l’acte d’accusation du Ministère public, est un sondage IPSOS commandé par Pierre Maudet en 2017. La somme de 34 000 francs aurait été réglée par Magid Khoury et Antoine Daher via le compte de campagne occulte de Pierre Maudet. Pour tout ça, selon le code pénal, le conseiller d'État démissionnaire risque trois ans maximum d’emprisonnement ou une peine pécuniaire. 

Magid Khoury et Antoine Daher

Les deux hommes d’affaires impliqués, comparaitront également à ses côtés, cette fois pour «octroi d’un avantage». Ils risquent chacun également trois ans de prison ou une peine pécuniaire. 

Patrick Baud-Lavigne

Patrick Baud-Lavigne, ancien chef de cabinet de Pierre Maudet, est le plus chargé par les procureurs. Les chefs d’accusations: acceptation d’un avantage pour le sondage ainsi que pour le voyage (Patrick Baud-Lavigne était également présent lors du séjour à Abu Dhabi), violation du secret de fonction et d’abus d’autorité. Toujours selon l’acte d’accusation, Patrick Baud-Lavigne aurait illicitement donné des renseignements à Antoine Daher sur l’avancée de dossiers et facilité l’ouverture d’un bar, l’Escobar, dans le quartier des Grottes. Pierre Maudet y avait d’ailleurs fêté son 40e anniversaire. 

Raoul Schrumpf

L’ancien chef du service de la police du commerce est lui aussi accusé d’abus d’autorité. Selon l’acte d’accusation, Raoul Schrumpf aurait fait pression sur ses collaborateurs pour l’octroi d’un permis d’exploiter pour l’Escobar et ce, alors que le dossier n’était pas complet. À noter que Raoul Schrumpf avait, lui aussi, été le chef de cabinet de Pierre Maudet en Ville de Genève. Il avait suivi son magistrat après son élection en 2012 au Conseil d’Etat.

Le procureur: Stéphane Grodecki

Et face aux cinq prévenus présumés innocents, on retrouvera le premier procureur Stéphane Grodecki. C’est lui qui portera l’accusation, même si l’acte lui-même est signé par Olivier Jornot, procureur général ainsi qu’Yves Bertossat et Stéphane Grodecki, deux de ses premiers procureurs.

Les avocats de la défense, eux, plaideront tous l’acquittement. Sur le fond, la plupart ne souhaitent pas s’exprimer avant le début du procès, sauf David Bitton, avocat d’Antoine Daher, selon lequel, «il y a des incohérences dans l’accusation telle qu’elle est soumise au tribunal». Me Jean-Marc Carnicé, avocat de Patrick Baud-Lavigne précise quant à lui que son "client a toujours servi les intérêts du magistrat et de la République fidèlement et au plus proche de sa conscience. Il n'a jamais voulu violer une quelqconque règle. Cette procédure a pris une dimension disproprotionnée pour des raisons qui lui sont étrangères et lui a beaucoup nui". 

Le verdict du procès historique est attendu pour le mardi 23 février, soit moins de deux semaines avant le premier tour de l’élection partielle au Conseil d’État. S’il est condamné, Pierre Maudet fera vraisemblablement appel. Dans tous les cas, le conseiller d’État démissionnaire reste éligible. Restera la question politique: un conseiller d’État qui a menti à la justice, au fisc et aux citoyens peut-il être à nouveau membre de l'exécutif? C’est le peuple qui décidera.

 

Laetitia Guinand, Martin Esposito, Léa Frischknecht

 

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