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06 mai 2016 - 18h22

Bains de nuit

Nuit des Bains © Guillaume Collignon

Avant Art en Vieille-Ville et Quartier de l’Etoile, Quartier des Bains a été la première initiative réunissant marchands d’art et institutions muséales autour d’une programmation en soirée à Genève. Une manière différente de présenter l’art contemporain, le soir, pour le grand public, loin des circuits parfois feutrés et élitistes de foires et des shows privés souvent réservés à quelques élus triés sur le volet. Avec cette initiative, l’association Quartier des Bains a donc donné le ton du temps à Genève. Prochaine édition, le 19 mai dès 18h30. Mais avant, rencontre avec son président Stéphane Ribordy, galeriste, évidemment.

Comment est née l’idée des Nuits des Bains ?

Au départ, chaque galerie organisait une soirée individuelle, accueillant une vingtaine de personnes. C’était l’époque où les marchands occupaient surtout la Vieille-Ville. Ensuite, Skopia, Art & Public, Edward Mitterrand et Blondeau ont initié des vernissages communs, mais sans créer d’association. Celle-ci a été montée plus tard, pour développer des synergies entre les marchands. Alors ils ont pensé d’inviter les institutions publiques alentour. Il s’agit d’ailleurs d’une situation assez unique, puisque musées et marchands travaillent ensemble. Par la suite, nous avons organisé des visites guidées, un prix annuel, afin de faire venir un public extérieur à Genève.

Certains acteurs hors de l’art sont également actifs lors de ces soirées, une bonne tendance ?

L’idée de ces vernissages est d’avoir un événement festif et populaire. Par contre, il faut trouver la bonne formule entre vernissage pour voir des œuvres et un bar à ciel ouvert.

L’association Art en Vieille-Ville propose des vernissages communs. Travaillez-vous ensemble ?

Nous ne faisons pas d’événements en commun, pour des motifs géographiques, étant loin l’un de l’autre. Je pense que ça ne marcherait pas. En revanche, nous réfléchissons entre AVV, Quartier de l’Etoile et Quartier des Bains à créer une brochure unique.

Pensez-vous que Genève Tourisme promeut suffisamment l’art présent à Genève ?

Notre association est en contact avec eux depuis deux ans, pour organiser des visites guidées ; ça commence à bien marcher.

Certaines galeries critiquent les Nuits des Bains et organisent des pré-vernissages réservés aux collectionneurs quelques jours plus tôt. La preuve que le concept s’essouffle ?

Même les musées et centres d’art le font, pour les collectionneurs et les journalistes. D’autres organisent également des visites guidées. Mais en réalité, les pré-vernissages ont toujours existé, c’est une occasion de rencontres en intimité. Vous savez, dans une Nuit des Bains, je vois 300 personnes défiler en 4 heures chez moi. Pas toujours facile de parler avec chacun.

Les pratiques des publics jeunes sont plus tardives… Le Centre Pompidou s’adapte avec ses horaires (11h-22h), Paris organise sa Nuit Blanche.  Genève doit-elle s’adapter ?

Je pense que le public à Genève n’est pas assez large pour pouvoir faire ça. Même le MAMCO, très respecté, ne draine pas un public suffisant durant ses nocturnes.

Dans une interview à Go Out! en 2012, le sociologue Vincent Kaufmann parlait d’une gentrification du Quartier des Bains. Faut-il y voir une menace ?

La tendance est assez évidente, en effet, on le voit entre la rue des Bains et Carl-Vogt, beaucoup de commerces ont ouvert grâce aux musées et les galeries. Je pense que c’est plutôt une bonne chose, avec une clientèle qui a des goûts précis. En revanche, ceux qui viennent dans les boutiques ne viennent pas forcément dans les galeries.

Certaines galeries d’art ont fermé : Mitterrand+Cramer, SAKS, Patricia Low, Charlotte Moser. Une menace pour la dynamique du quartier ?

Dans l’ensemble c’est plutôt dommage, d’autant que certaines étaient de très bonnes galeries. A mon avis, plus on compte de galeries de qualité, mieux c’est pour le quartier. Mais les choses changent, et cela peut amener d’autres collectionneurs intéressés par d’autres artistes. De manière générale, le marché en ce moment est plus difficile, de même que le modèle galerie. C’est au contraire une superbe période pour découvrir et acquérir de nouvelles pièces. De son côté Genève se révèle particulière. Même de célèbres marchands étrangers qui ont ouvert ici ont eu quelques soucis. Car il est important à Genève de connaître les bonnes personnes.

Thomas Hug a repris la direction d’artgenève, une foire dont vous faites partie du comité de sélection. Que pensez-vous de l’évolution du salon d’art ?

La foire est parvenue à une progression vraiment impressionnante, et en très peu d’années. C’est extrêmement positif pour Genève, car cela place un focus sur la ville et ses galeristes. Un apport évident. Il faut souligner qu’elle a remporté le mandat pour artmontecarlo.

Parlons de votre galerie. Comment définir votre programmation ?

Je travaille avec des artistes qui sont soit basés en Suisse, soit Européens ou Américains, en grande majorité des créateurs émergents. Je fréquente peu la scène asiatique. J’aime beaucoup l’art minimal et conceptuel [par exemple Donald Judd], ce qui se ressent dans ma programmation.

Pour terminer ?

Vous êtes bienvenus aussi hors de la Nuit des Bains ! Un contexte plus indiqué pour découvrir en profondeur les œuvres et leurs créateurs.

Olivier Gurtner / Go Out

Stéphane Ribordy Contemporary
Jusqu’au 7 mai : Pierre Vadi
Dès le 19 mai : David Malek / Blair Thurman, « Dark Star »

Boulevard D'Yvoy 7B
1205 Genève
022 321 75 63
www.ribordycontemporary.com