Léman Bleu

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06 mai 2016 - 17h45

Ballet sur les airs de Carmina Burana

Carmina Burana © Antonello & Montes

Gothic Revival

Il ne fait pas bon de sous-estimer l’influence de l’héritage artistique du Moyen-Âge sur la culture populaire. Certains évènements, comme le ballet sur les airs de Carmina Burana, qui se tiendra ce mois-ci au Grand Théâtre, sont porteurs d’un legs artistique important, dont une partie du public ne soupçonnerait même pas l’existence. Pour le comprendre, il faut retourner vers des contrées moyenâgeuses, au travers d’un récit mouvementé entre passé et présent.

Temps sombres

Carmina Burana, c’est tout d’abord des chants profanes et religieux, composés en latin médiéval ou en ancien français et écrits entre 1220 et 1250, par ceux que certains prénomment « goliards » : des clercs ayant retourné leur soutane pour se pencher vers l’écriture de poèmes axés sur le libertinage, le vin, le jeu, la critique de tout représentant de l’ordre et du système de l’Eglise, ainsi que la recherche du salut ou du paradis sur terre. Pour agrémenter leurs textes, ils utilisent des allégories audacieuses qu’il est possible de rapprocher de la parodie et associent certaines figures à des animaux de manière peu flatteuse, comme les évêques aux veaux. Ces écrits, bien que satiriques, comportent une forte dimension lyrique, ce qui est le cas du mythique poème O Fortuna.

Modern Times

Pendant la période moderne, un regain d’intérêt pour le Moyen-Âge surgit. Une profusion de textes prônant un retour à cette ère apparaît dans tous les domaines artistiques. Cela s’explique en partie par des retrouvailles de nombreux documents médiévaux et des premières mesures vouant à les protéger, qui naissent au début du XIXème siècle. Des groupes de peintres se réclament aussi de grands maîtres pré-renaissants et des cathédrales gothiques marquent de plus en plus le paysage (Charles Barry ou encore Viollet-Le-Duc). C’est notamment à cette période, en 1803, que les textes goliards regroupés sous le nom de Codex Buranus sont retrouvés dans l’abbaye de Benediktbeuern, en Bavière. C’est le linguiste Johann Andreas Schmeller qui les nommera Carmina Burana. Plus tard, en 1936, le compositeur allemand Carl Orff décidera de reprendre 24 chants tirés du manuscrit pour en faire une cantate scénique, soit une composition réunissant plusieurs morceaux et mêlant voix et instruments.

Influences actuelles

Aujourd’hui, la création de Carl Orff est plus que jamais d’actualité. Ces chants sont interprétés par de  nombreux  orchestres  et  chœurs  et  inspirent  certains  groupes  aux  sonorités  avant-gardistes comme Magma. Ici, c’est plutôt sous la forme de ballet qu’ils se manifestent pour le metteur en scène Claude Brumachon, qui a travaillé 25 ans au Centre chorégraphique national de Nantes (CCNN), en co-direction avec Benjamin Lamarche. Depuis janvier dernier, le duo est installé à Limoges avec leur compagnie Sous la peau, où ils s’associent à des centres culturels municipaux. Le travail de Claude Brumachon est axé en grande partie sur la représentation du corps humain et sur son agilité. Pour mettre ce dernier en valeur, c’est la maison parisienne On Aura Tout VU qui signera les costumes des danseurs, après avoir collaboré avec Jeroen Verbruggen pour la production Casse-Noisette, créée pour le Grand Théâtre. Ainsi, les silhouettes des danseurs prendront vie sur des rythmes puissants et énergétiques propres à la musique médiévale, créés en partie grâce au tapis sonore formé par les voix des solistes et du chœur.

Laurence Amsalem / Go Out

Carmina Burana
Du 13 au 22 mai 2016
Grand Théâtre de Genève
Billetterie : 022 322 50 50
www.geneveopera.ch