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03 août 2017 - 15h28

Cette nuit, dans la tête de Pierre Maudet

Le conseiller d’État Pierre Maudet dévoilera demain midi sa candidature au Conseil fédéral, pour autant qu’il soit candidat. Selon son entourage, sa décision n’a pas encore été prise. Cette nuit sera déterminante.

« Personne ne sait s’il sera ou non candidat. »

Le refrain est le même partout. Pierre Maudet aura su garder secrète jusqu'au bout sa décision de se lancer ou non à l’assaut du Conseil fédéral. Un épais brouillard entoure son ambition fédérale. Ni les membres de la présidence du PLR genevois, ni ses fidèles n’ont su nous répondre. Selon les plus informés, la décision sera prise cette nuit, tard, aux dernières lueurs du crépuscule.

Les femmes en embuscade

Si dès l’annonce de la démission du conseiller fédéral Didier Burkhalter le nom de Pierre Maudet a commencé à circuler, les observateurs politiques ont minimisé ses chances d’élection. Pourquoi? D’abord, car les velléités tessinoises de reconquérir un siège à la tête du pays semblaient peser dans cette bataille. Absent du Conseil fédéral depuis 1998, le Tessin revendique sa place à l’exécutif. Beaucoup voient Ignazio Cassis comme le successeur désigné de Flavio Cotti, dernier sage italophone pendant 11 ans.

Autre minorité qui compte se faire entendre lors de ce scrutin, les femmes. Isabelle Moret se tâte, l’autre vaudoise, Jacqueline de Quattro a pris sa décision. Deux femmes politiques de poids qui minent encore davantage le terrain pour Pierre Maudet, ne serait-ce que pour une présence sur le ticket PLR.

Il y a aussi l’intérêt de la fonction suprême avoué par le conseiller national Christian Lüscher sur la RTS lors d’un grand entretien diffusé fin juin. Une Ambition balyée aujourd'hui en fin de journée dans une interview au Temps.

Le goût du risque

Le conseiller d’État genevois n’étant ni une femme, ni tessinois - bien qu’ayant récemment pris des cours d’italien en famille durant l’été -, ses chances semblent faibles. Pourtant, une telle occasion ne se répète pas chaque année. Laisser passer son tour, à l’aube d’un nouveau mandat de conseiller d’État - peut-être le dernier - ne lui permettrait pas de rester dans le jeu éternellement. Habitué aux exécutifs, il se passerait volontiers d’un recyclage politique au parlement fédéral, en attendant. Surtout que le risque ne semble pas l’effrayer. En 2012, il a déjoué tous les pronostics lors de son élection au Conseil d’État genevois, après la démission du libéral Mark Muller. 39,8% des suffrages, alors que son adversaire socialiste semblait bien partie et que la droite partait divisée.

S'exporter en Suisse allemande

Quoiqu’il en soit, le récent portrait qui lui est brossé dans la Schweizer Illustrierte, populaire magazine alémanique, et la publication de son discours du Premier Août publié dans la Neue Zürcher Zeitung, grand quotidien zurichois, n’ont rien d’innocent. Accroître sa notoriété Outre-Sarine est un réel enjeu avant une bataille fédérale, qu’elle ait lieu demain ou dans plusieurs années. La RTS l’a même annoncé ce midi comme faisant partie des personnalités qui feront le déplacement au Festival de Locarno, qui prend cette année des airs de bal des papables.

La perspective des auditions

Si candidature(s) genevoise(s) il y a, les délégués de la section cantonale se réuniront en assemblée le 8 août pour validation. Le 11 août, toutes les sections suisses du parti présenteront officiellement leurs candidats. Enfin, le 1er septembre, le groupe parlementaire à Berne choisira ses champions pour le ticket PLR, à l’issue des traditionnels earings.

Celui qu’on prédit conseiller fédéral depuis le berceau n’a jamais perdu une bataille électorale. Sera-ce son premier échec? En tout cas, Pierre Maudet le sait, le meilleur moyen de ne pas y arriver, c’est encore de ne pas y aller.

 

Jérémy Seydoux