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16 février 2021 - 19h22

« Je vis un calvaire » : le résumé du 2e jour du procès Maudet

SUISSE PROCES PIERRE MAUDET SUISSE PROCES PIERRE MAUDET

Le procès de Pierre Maudet et de 4 autres prévenus en lien avec un voyage controversé à Abu Dhabi se tient cette semaine à Genève. Ce mardi, Pierre Maudet a été longuement entendu.

À l’appel de son nom Pierre Maudet s’est dressé fièrement, il est resté debout sans discontinuer. Verbe clair, voix forte, aucune hésitation face à toutes les questions. La présidente du tribunal de police Sabina Mascoto, qui surplombe les débats avait en face d'elle un homme relativement grand, leurs regards étaient presque à la même hauteur. Le conseiller d’État, premier pouvoir, face à la justice, troisième pouvoir. Tout un symbole. Mais c’est sur un registre plus personnel que Pierre Maudet a commencé : « Je vis un calvaire depuis 3 ans dont je suis largement à l’origine, j’ai dû me faire aider. Sous le magistrat il y a toujours un homme. »

Sur la question précise du voyage, Pierre Maudet dit avoir accepté une invitation officielle de la couronne émiratie. « Cela représentait un honneur pour moi, un voyage de promotion économique, seuls les intérêts du canton ont présidé durant ce séjour, je réfute toute accusation d’acceptation d’avantage ». En embarquant famille et amis avec lui, il s’agissait de s’adapter aux moeurs locales. Il est bien vu « dans ces pays » dit-il de mélanger vie familiale et vie professionnelle… Sur ce point, il reconnaît un malaise de principe, celui de devoir jongler avec ces deux dimensions. Voilà ce qui l’a poussé à mentir, soit évoquer le caractère uniquement privé de ce voyage à la presse avant de changer de version. Un seul but: couper court aux questions des journalistes et protéger sa famille. Il reconnaît là une erreur, « c’est une faute, c’est ma faute » puisque l’inverse s’est produit. Et la machine s’est emballée. 

« Je ne suis pas quelqu’un d’influençable. »

Mais ce procès, ce n’est pas le procès du mensonge. Et Pierre Maudet balaie toutes les accusations. Il minimise l’influence de Magid Khoury: « Je serais de toute façon parvenu à être invité sans son aide, pas cette année, mais la suivante. Je n’aurais pas lâché ce morceau, ce voyage était important pour Genève ». À aucun moment il ne s’est senti redevable. Aucun dossier dont j’ai la charge ou sur lesquels j’ai une influence n’ont de liens avec les Emirats Arabes Unis, ni avant, ni pendant, ni après le voyage. Incorruptible, Pierre Maudet dit de lui : « M’attacher à un mât pour résister au chant des sirènes, ce n’est pas nécessaire, je ne suis pas quelqu’un d’influençable. »

Le ministère public paraît bien sage. 

Le premier Procureur Stéphane Grodecki, qui porte l'accusation, n’est quasiment pas intervenu. Un peu avachi, les yeux écarquillés, il semblait anesthésié. Il a posé deux questions sur le voyage, aucune question sur le sondage. Il n’a pas ou peu soulevé les éventuelles incohérences dans les propos de Pierre Maudet. Est-ce une stratégie ? Se réserve-t-il pour son réquisitoire très attendu de demain après-midi ? En l’état le parquet ne se montre absolument pas féroce. Et la question se pose clairement ici dans les couloirs du palais. Pourquoi le procureur général Olivier Jornot ou le procureur Yves Bertossa ne portent pas l’accusation ? Paradoxalement, après une instruction menée tambour battant, le ministère public paraît bien sage. 

Rendez-vous demain mercredi 17 février, avant le réquisitoire, avec l'audition des témoins, dont la femme de Pierre Maudet, Catherine Maudet. Jeudi, avec les plaidoiries, les différents avocats se succéderont durant au moins 10 heures, c’est ce qu’ils ont annoncé, avant le verdict qui devrait tomber soit vendredi, soit lundi, en fonction de la célérité des débats. 

Jérémy Seydoux

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