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09 novembre 2020 - 19h17

Mauro Poggia répond aux questions et critiques

En matière de cas de Covid-19, la Suisse fait figure de cancre en Europe. Genève se trouve même au sommet du classement des régions européennes les plus touchées. Une situation que Mauro Poggia constate avec tristesse. «Il ne faut avoir ni gloire, ni tristesse excessive mais il faut continuer à se battre, restés mobilisés afin de tester le plus possible et de protéger les personnes vulnérables.»

Pourtant, l’arrivée de cette deuxième vague était annoncée depuis longtemps. Accusé d’avoir mal anticipé à Genève, le conseiller d’État affirme que 400 personnes supplémentaires ont été engagées aux HUG durant l’été et que, dans son département, rares sont ceux qui ont pris des vacances.

Sur les réseaux sociaux, notre rédaction a appelé les internautes à poser des questions au conseiller d’État en charge de la santé. Mauro Poggia promet de répondre sans langue de bois au condensé de la centaine de messages qui ont été envoyés. 

Est-ce que les personnes qui vivent hors de Genève mais qui sont hospitalisées aux HUG sont comptées dans les chiffres des hospitalisations?

Oui, chaque lit est compté, comme l’affirme le conseiller d’État. Il rappelle toutefois que ces personnes représentent une petite minorité. «Si quelqu’un se présente dans l’urgence, on va l’hospitaliser et lui promulguer les sois dont il a besoin», affirme Mauro Poggia

Le stade de la saturation des hôpitaux arrive et il faudra peut-être bientôt effectuer un tri des patients. A-t’on manqué d’ancitipation et d’investissement dans la santé ?

Mauro Poggia est formel: Genève a ancitipé cette deuxième vague. Avec, notamment, le recrutement de 400 nouvelles personnes et un élargissement du nombre de lits disponibles aux soins intensifs, passé de 30 à 70. «Ces préparations portent leurs fruits mais les lits et le matériel ne suffisent pas. Il faut surtout du personnel qu’on ne peut former en quelques jours.»

Les autorités prévoient-elles la création d’un centre Covid pour hospitaliser les patients?

Un hôpital sous tente, placé sur l’esplanade devant l’hôpital, est effectivement prévu. «Nous n’aurons pas de personnes qui n’obtiennent pas les soins qu’elles doivent avoir», clame le conseiller d’État. Toutefois, pas de lits de soins intensifs sous cette tente et Mauro Poggia affirme qu’il faudra de plus en plus peser les risques d’une hospitalisations aux soins intensifs, les séquelles importantes qui en résultent étant difficiles à supporter pour certaines personnes. 

À Genève, les rues marchandes sont presque vides. Une situation que Mauro Poggia espérait à l’instauration des nouvelles mesures? 

Mauro Poggia rappelle que le but était d’éviter d’attirer des personnes dans des lieux bondés. «Nous n’espérions toutefois pas les conséquences économiques, regrette-t’il. On ne fait pas une politique sanitaire efficace sans essayer de toucher l'économie le moins possible. Mais elle l’est inévitablement.»

Ce week-end, beaucoup de genevois étaient présents dans les commerces vaudois. Que dire des incohérences entre les cantons?

Si les préoccupations sanitaires sont les mêmes dans tous les cantons romands, Mauro Poggia évoque des sensibilités économiques différentes, ce qui explique la divergence entre les mesures appliquées par les gouvernements cantonaux. Le conseiller d’État regrette toutefois l’indiscipline à laquelle il s’attendait toutefois. «Si les Genevois ne comprennent pas qu’il ne s’agit pas d’une punition mais de contenir cette vague qui dépasse les prévisions les plus pessimistes, que voulez-vous faire de plus?»

Et que dire des incohérences à Genève? Pourquoi les coiffeurs ont-ils fermés et pas les fleuristes? 

Des incohérences inévitables, selon Mauro Poggia, mais une politique sanitaire avec un fil rouge: conserver l’accès aux biens d’usage courants ainsi qu’éviter les rassemblement. «Vous n’avez pas le même contact avec le fleuriste qu’avec le coiffeur, explique-t’il. De plus, durant le premier confinement, nous avons remarqué que de ne pas pouvoir envoyer de fleurs à ses proches était douloureux pour beaucoup.»

Mauro Poggia rappelle qu’il n’est aujourd’hui plus question de démontrer l’existence de clusters dans certains lieux pour les fermer. «Dans 50% des cas, nous ne pouvons établir le lieu de contamination. Aujourd’hui, le virus est partout où les gens sont proches.»

Avec 1'247 cas dans les écoles en octobre, pourquoi celles-ci restent ouvertes? 

Pour Mauro Poggia, ce n’est pas à l’école que les contaminations sont les plus fréquentes mais dehors, sur le chemin du retour ou lors des activités extra-scolaires. «Dire que l’école est un lieu de contamination est un pas qu’on ne peut franchir.» Il rappelle également qu’une telle décision aurait un impact important sur les enfants et adolescents qui ne bénéficient pas d’un cadre accompagnant dans leurs foyers. 

Le pays est-il aujourd’hui dirigé par les hauts fonctionnaires de la santé? 

Une affirmation que Mauro Poggia réfute. «Si on entendait le corps médical actuellement au front, il faudrait une fermeture beaucoup plus large que celle ordonnée. Toutes les décisions sont soupesées et réexaminées quotidiennement.»

La décision juridique de placement en isolement ne manquerait-t’elle pas un peu d’empathie?

Le conseiller d’État admet que ce courrier que reçoivent les personnes qui doivent être placées à l’isolement est peut-être un peu froid mais il permet de donner le cadre de la loi sur les épidémies. Il a toutefois demandé à ses équipes de trouver un moyen de reformuler cette lettre de manière moins abrupte. 

Mauro Poggia reconnait-il avoir fait des erreurs?

«Sans doute aurions-nous pu faire les choses autrement mais aucun pays n’a trouvé la solution miracle. Nous tâtonnons et nous essayons d’apprendre.» Le conseiller d’Etat dit entendre la critique qu’il trouve saine en démocratie, mais mal supporter les discours à tendances complotistes qui divisent au lieu d’unir la population.  

 

 

Léa Frischknecht

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