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29 août 2019 - 10h57

Notre eau du robinet est-elle de qualité ?

Chaque jour, des équipes des SIG partent sur les terres du canton pour y faire des prélèvements dans les nappes phréatiques, ces réserves souterraines naturelles. Les données relevées doivent correspondre aux normes fixées par l’ordonnance fédérale sur l’eau de consommation. «Nous faisons des analyses chimiques et bactériologiques. Par exemple, nous relevons les concentrations de zinc, cuivre, fer, nitrates, mais aussi le PH de l’eau» explique le biologiste des SIG Vincent Vogel. 

L’eau doit être conforme dès sa sortie de la nappe. Car après pompage, elle est directement distribuée, sans traitement.Une dose de chlore est simplement ajoutée, pour éviter l'altération dans les tuyaux jusqu'au robinet. 

Pesticides, médicaments

Pas de traitement de fond. Alors forcément, avec la publication du rapport de l’Office Fédéral de l’Environnement, il y a de quoi s’interroger. L’Office s’y préoccupe à l’intérieur de l’état des eaux souterraines en Suisse en ces termes : « Les eaux souterraines sont sous pression en Suisse». Dans le rapport,on y note à Genève plusieurs substances détectées: nitrates, pesticides, résidus médicamenteux en faible quantité. Et traces d’hydrocarbures halogénés utilisé dans l’industrie, cette fois au dessus des normes.

Pas toxique 

Mais pour le toxicologue indépendant Vincent Perret, il n’y a pas d’inquiétudes à avoir pour l’heure en terme de santé: «L’OFEV a donné une alerte pour le futur. Mais on est beaucoup plus bas que des seuils de toxicité. Ce rapport montre que la substance commence à être là, et il faut agir pour éviter qu'elle ne s’accumule. Car si les concentrations augmentent d’un facteur 10 ou 100, on pourrait commencer à avoir des problématiques de potabilité». 

Même son de cloche auprès du chimiste cantonal Patrick Edder: « Si par le passé on pouvait penser qu’une substance x ou y n’était pas toxique, il peut aujourd’hui y a avoir des doutes car les tests de toxicité évoluent. Si dans ce cas on veut instaurer un principe de précaution, on ne peut pas. Car une fois dans la nappe, ces substances ne s’éliminent pas facilement.»

90% d'eau du lac

Mais contrairement au reste de la Suisse, Genève est très peu alimentée par les nappes phréatiques. 90% de son eau potable vient du lac. Sur la carte ci dessous, on y observe les différents secteurs genevois alimentés par ces diverses sources : 

-zone 1 eau du lac 

-zone 2 eau du lac et nappe mélangée 

-zone 3 eau de la nappe phréatique du genevois

Deux stations traitent l’eau du lac dans le canton. Elle est captée à 30-35 mètres de profondeur, à raison de 3’000 litres/seconde. L’eau suit ici un traitement complet : passage d’abord dans un filtre à sable pour éliminer les particules visibles. Puis l’eau est ozonée pour casser les molécules. Elle passe enfin dans un filtre à charbon actif. «Ce filtre va capter toutes les molécules invisibles comme les micropolluants d’origine médicamenteuse, agricole ou cosmétique. L’eau qui sort de l’usine est débarrassée de ces produits» assure le responsable de la qualité de l’eau aux SIG, Hervé Guinand. 

1,7% non conforme 

Ici aussi, l’eau est régulièrement analysée. En tout, entre eau du lac et des nappes, ce sont 12’000 prélèvements qui sont faits chaque année par les SIG. Ces derniers nous ont permis d’accéder à quatre documents d’analyses effectuées au printemps 2019, sur divers points du canton. Sur ceux-ci, pas d’irrégularités apparentes. Mais en 2018, les SIG ont signalé 1,7% des échantillons non conforme. «Cela vient souvent d’erreurs analytiques, ou alors de paramètres juste en dehors de la cible. L’ensemble de ceux-ci, lors de la confirmation, ont montré que les résultats étaient bons» explique Hervé Guinand. Les SIG précisent qu’ils analysent aussi des substances non inscrites dans l’ordonnance sur l’eau potable comme les résidus médicamenteux ou autres solvants. Mais impossible cette fois pour nous d’accéder au détail de ces résultats.

«Pas d'oestrogènes dans l'eau potable»

Le chimiste cantonal décide aussi de mener des recherches, sans que cela soit forcément imposé par la loi. Patrick Edder: «Nous avons par exemple cherché des oestrogènes, venant des pilules contraceptives ingérées et rejetées dans les eaux usées. Nous n’en n’avons pas détecté dans les eaux de boisson ». Les micropolluants sont toujours plus détectés dans les eaux souterraines et de surface. La loi et les normes sur l’eau générale et l’eau de boisson seront peut être amenées à changer. En attendant, les recherches se poursuivent pour analyser l’effet de ces substances sur la santé. 

Céline Argento 

 

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