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03 novembre 2020 - 19h11

Soins intensifs, tri des patients: notre point la situation aux HUG

Dimanche dernier, la présidente du Conseil d'Etat Anne Emery-Torracinta expliquait que les HUG étaient sur le point de devoir héliporter les patients et opérer un tri parmi eux. L'annonce était en réalité un peu prématurée. Contactés, les HUG nous ont signalé que la situation était encore sous contrôle mais pourrait s'aggraver dans les prochains temps si les hospitalisations continuent à ce rythme.

Pourquoi parle-t’on déjà de possible tri des patients ?

Il faut rappeler, comment marche la prise en charge aux HUG. Elle se fait sur trois niveaux. Les hospitalisations classiques, pour un besoin en oxygène. Ce secteur rassemble la majorité des patients. Les soins intermédiaires ensuite, avec des soins plus aigus. En dernier recours, les soins intensifs avec intubation. 

Mathématiquement, plus il y a d’hospitalisations, plus il y aura de personnes en soins intensifs. Mais  matériel et personnel ne sont pas infinis. Impossible d’avoir un chiffre à partir duquel les soisn intensifs serotn saturés, ces derniers ne communiquent pas là-dessus. Mais en cas de saturation à Genève, il faudra d’abord un partage des patients entre hôpitaux suisses. Et en dernier ressort, le tri des patients pour l’admission en soins intensifs.

Sur quels critères se ferait ce tri ? 

Les directives viennent de l’Académie suisse des sciences médicales. Un protocole existe depuis 2013, mais une annexe a été ajoutée en mars spécifiquement pour le Covid. Le paramètre de base, c'est l'égale valeur de la vie de chacun, sans tenir compte de l’espérance de vie: « Le pronostic à court terme est le facteur décisif pour le triage.»

Il faut donc établir des critères pour déterminer ceux qui ont un pronostic à court terme peu favorable, fondés sur les données du Covid déjà disponibles. Il faut alors distinguer deux niveaux: 

*niveau A : quand il reste peu de capacités de lits de soins intensifs. Les patients avec par exemple un cancer et une espérance de vie de moins d’un an, ou les malades chroniques sévères ne sont plus prioritaires.

*niveau B: la capacité en soins intensifs est nulle. On écarte par exemple les patients avec des déficits cérébraux sévères après AVC, ceux qui ont des maladies chroniques un peu moins sévères, ou les plus de 85 ans. 

Polémique sur le critère d'âge

Le critère de l’âge a fait polémique au printemps, car la constitution interdit normalement de discriminer sur cet aspect. Mais la bioéthicienne Samia Hurst, membre du Sénat de l’Académie suisse des sciences médicales explique: «Le problème avec le coronavirus c'est que l'âge est un très bon prédicteur du pronostic à court terme. Si vous avez un Covid grave, et que vous êtes en plus très agé, cela veut dire que vos chances de vous en sortir même avec un passage aux soins intensifs sont faibles. À partir de ce moment là, l'âge doit être un critère.»

Ces critères sont en cours d’ajustement par l'Académie suisse des sciences médicales, avec à la clé une nouvelle directive qui devrait aboutir jeudi selon nos informations.  Reste que cette directive ne donne que des conseils à l’adresse des institutions de santé, elle n'a pas force de loi. Mais elle permet d’unifier la pratique au niveau suisse si tout le monde la suit.

La Suisse n'en est pas encore au stade de ce tri des patients. Mais l'OFSP a fait le point en ce mardi  après-midi. La limite de places en soins intensifs en Suisse pourrait être atteinte à ce rythme dans cinq jours. 

C.Argento

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