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23 juillet 2020 - 17h36

Un référendum contre l’indemnisation des travailleurs précaires

Au printemps, le Département de la Cohésion sociale proposait d’instaurer un mécanisme d’indemnisation des travailleurs précaires. Par travailleurs précaires, on entend tous ceux qui ont perdu des revenus durant la crise du Coronavirus et qui ne peuvent profiter d’aucune autre aide de l’État. Ce projet de loi, déposé par le Conseil d’État et accepté par le Grand Conseil fin juin, est aujourd’hui attaqué par référendum. 

La loi prévoit une enveloppe qui va de 7 à 15 millions de francs. Ce projet émerge notamment de l’émoi suscité par les longues files d’attente lors des distributions de nourriture aux Vernets, pendant la pandémie. Mais pour le comité référendaire, composé du MCG et de l’UDC, cette loi ouvrirait la voie à l’indemnisation de travailleurs illégaux. Les opposants ont jusqu’au 14 septembre pour récolter les 5370 signatures qui leur permettraient d’obtenir une votation populaire.

 

«Le travail au noir est un vrai fléau»

Dans le camp du comité référendaire, il y a André Pfeffer, député UDC au Grand Conseil. S’il considère que les indemnités pour perte de gain prévues par le Conseil Fédéral sont remarquables, il considère le modèle genevois comme incohérent et favorisant le travail illégal. «Le travail au noir est un vrai fléau, scande le député UDC. Un fléau pour les entreprises, pour l’état et également pour les travailleurs.» Mais au-delà des travailleurs illégaux, André Pfeffer considère que ce projet de loi aura un effet pervers sur les autres bénéficiaires. Que propose son parti, donc, pour venir en aide à ces personnes dans le besoin? De se tourner vers l’aide sociale. Pour André Pfeffer, l’indemnisation est un outil adapté aux entreprises mais incohérent dans cette situation. Il rappelle que «l’aide sociale genevoise est la plus généreuse de Suisse».

 

Une situation hypocrite

À gauche, on s’indigne. La députée d’Ensemble à Gauche Jocelyne Haller regrette que ce référendum mène à un dramatique report d’une aide pour des personnes en situation très précaire, pas toutes en situation illégale. Elle rappelle que ce projet de loi veut tout d’abord venir en aide à celles et ceux qui n’ont rien perçu pour cause de la cessation des activités pendant la pandémie et, qu’en parallèle, une campagne de lutte contre le travail au noir est prévue. «On ne peut pas prétendre lutter contre le travail au noir en pénalisant ceux qui en sont les premières victimes, à savoir les travailleurs précaires. Il y a d’autres moyens de contrôle.» La députée dénonce l’hypocrisie d’une Genève qui prospère sur une économie grise connue de tous mais fustigée une fois qu’il faut venir en aide aux personnes en difficultés. 

 

Léa Frischknecht

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