Un homme face à la justice à Vevey pour avoir tué sa compagne
L'audience du jour avait lieu au Tribunal d'arrondissement de l'Est vaudois à Vevey (archives).
Photo: Keystone/ADRIEN PERRITAZUn homme de 46 ans comparaît mardi devant le Tribunal criminel d'arrondissement de l'Est vaudois à Vevey, accusé d'assassinat subsidiairement de meurtre de sa compagne, en mai 2023 dans l'appartement de la victime à Vevey. Il lui a asséné de nombreux coups de couteau.
Dans ce sordide féminicide sur fond de jalousie, de possessivité, de choix de nom de famille et de domicile ainsi que de divergences sur l'éducation religieuse, c'est le procureur général du Ministère public vaudois Eric Kaltenrieder qui a instruit ce drame, établissant ainsi les chefs d'accusation. La partie plaignante est constituée par les parents de la victime et ses quatre enfants (représentés par deux tutrices et une avocate).
C'est au matin du 26 mai 2023 que les faits se sont déroulés. Le prévenu, un ressortissant du Kosovo habitant en Allemagne et qui vivait une relation à distance avec la victime, alors âgée de 38 ans, est arrivé chez elle deux jours avant. Après des disputes, il lui a asséné de multiples coups de couteau avec son poing-américain combiné à une lame, détenu illégalement.
ll ne lui a ensuite administré aucun soin ni alerté les secours. Il a quitté l'appartement avec leur enfant en bas âge après avoir verrouillé la porte d'entrée, le téléphone portable de sa compagne avec lui.
'Je n'étais plus moi-même'
Le prévenu s'est rendu à Thoune, où vit un de ses frères, dans un bâtiment de l'administration avant d'être emmené à la police. Il indique avoir, lors d'une dispute, blessé sa compagne et se faire 'du souci pour la santé de celle-ci'. Il a reconnu mardi que s'il avait appelé les secours, sa compagne aurait pu être sauvée. 'C'est ce qu'il fallait faire, mais je ne réalisais pas ce que je faisais'.
Durant l'audience, traduite en albanais et devant la famille de la victime et une trentaine de soutiens, le prévenu a dit 'ne pas se souvenir d'avoir donné autant de coups de couteau' ni 'd'avoir une mauvaise relation' avec sa compagne. Il a aussi nié l'avoir menacé de mort, contrairement aux affirmations de témoins.
L'homme a déclaré que sa compagne lui avait lancé un jouet au visage et qu'il avait ensuite 'perdu le contrôle'. 'Je n'ai jamais compris comment cela est arrivé. C'est moi qui ai commis ce crime, mais je n'ai pas agi consciemment (...) Je n'étais plus moi-même. Je n'arrive pas à me rappeler tout ce qui s'est passé', a-t-il dit. Et d'ajouter qu''après un premier coup, sa mémoire s'est arrêtée (...) J'ignore totalement comment et où j'ai frappé'.
'Je déplore ce qui s'est passé. J'exprime ma douleur' à l'égard de la victime, ses enfants et sa famille. 'Je m'excuse (...) Je n'ai pas voulu tuer ma compagne. C'est le moment qui a décidé. Je n'étais plus la même personne', a-t-il encore déclaré.
Digressions et contradictions
Toujours selon l'acte d'accusation, le décès est consécutif aux lésions traumatiques constatées au niveau de son cou et du thorax, lesquelles ont occasionné une hémorragie interne et externe.
Répondant aux questions du tribunal, le prévenu n'a cessé de formuler des contradictions et des digressions, se montrant souvent imprécis, voire confus, dans ses réponses. Il a, en revanche, admis qu'il n'était pas d'accord que sa compagne fréquente la mosquée de Lausanne, au lieu de celle de Vevey, moins extrémiste selon lui.
Le couple s'était rencontré via des connaissances en 2020. Ils ont eu une fille ensemble en 2021. Monteur de meubles sans activité depuis 2015 à la suite d'un accident de travail, l'homme pratique le karaté et la boxe thaïe de compétition.
La victime, elle, avait fui le Kosovo avec son père pour s'établir en Suisse en 2001 et a fini par s'installer à Vevey. Elle a eu trois enfants d'un premier mariage, dont elle assumait seule la garde.
Expertise psychiatrique attendue
Cette première journée était consacrée à l'instruction du prévenu, puis à l'expertise psychiatrique dans l'après-midi. Les plaidoiries devraient se tenir mercredi matin.
Le prévenu risque au minimum cinq ans de prison si c'est le meurtre qui est retenu et jusqu'à la réclusion à vie si c'est l'assassinat (minimum dix ans) qui est appliqué. Ce dernier est prononcé lorsque le prévenu a agi avec une absence particulière de scrupules (par exemple, un mobile crapuleux, un acharnement ou une préméditation froide). Si les circonstances aggravantes de l'assassinat ne sont pas pleinement réalisées, le prévenu est jugé pour meurtre.
/ATS