International

Croque-mort aux pratiques douteuses devant un tribunal anglais

27.07.2026 21h54

Croque-mort aux pratiques douteuses devant un tribunal anglais

Un croque-mort aux pratiques douteuses devant le tribunal en Grande-Bretagne (Photo symbolique).

Photo: KEYSTONE/ANTHONY ANEX

Des corps conservés des mois au lieu d'être incinérés, des cendres d'inconnus remises aux familles: un responsable de pompes funèbres est jugé depuis lundi par la justice britannique pour une affaire qui a jeté une lumière crue sur le manque de régulation du secteur.

Cet homme, Robert Bush, a plaidé coupable en avril de ces faits, qui s'étalent sur 12 ans. Le tribunal de Hull, dans le nord-est de l'Angleterre, doit entendre les témoignages d'une centaine de proches des défunts pendant cinq jours d'audience, au terme desquels le juge devrait annoncer la peine infligée à l'accusé.

L'entreprise funéraire de Robert Bush, Legacy Independent Funeral Directors, était selon les mots d'un ancien employé comme 'sortie tout droit d'un film d'horreur', a déclaré le procureur Chris Paxton au début de l'audience lundi.

Alors qu'il bénéficiait de la confiance de ces familles, il les a maltraitées 'à une échelle quasi industrielle', 'fait de fausses promesses et volé des dons destinés à des associations caritatives', a-t-il ajouté.

Un bébé mort-né

Les policiers qui ont perquisitionné les lieux en mars 2024 à la suite d'un signalement ont découvert, dans une chambre froide, 31 corps qui auraient dû être incinérés plusieurs mois auparavant, dont un bébé mort-né deux ans auparavant, et les cendres d'une centaine de défunts dans des urnes.

'Il y avait des corps entreposés sur les étagères de chaque côté de la pièce', selon le procureur, 'la grande majorité n'étaient pas recouverts et se trouvaient à des stades de décomposition variables'.

Le corps de Norman Bridger, 94 ans, y a été retrouvé dans un cercueil en carton, dix mois après son décès. Son épouse et sa fille, Karen King, portaient toutes les deux des médaillons contenant des cendres qui étaient censées lui appartenir.

'Comment quelqu'un peut-il agir de façon si cruelle? Pourquoi l'avoir laissé là?', a déclaré sa fille au tribunal, ajoutant qu'elle ne 'saurait jamais pourquoi' Robert Bush avait agi de la sorte.

Le directeur de pompes funèbres avait déclaré lors de sa première audition par la police qu'il avait des problèmes de trésorerie et des dettes. Il a ensuite refusé d'expliciter davantage ses motivations.

Mais pour le procureur, Robert Bush a choisi de dépenser 'pour lui-même et pour d'autres' l'argent qui aurait dû être consacré à l'activité de son entreprise. 'La situation financière de l'entreprise n'était pas catastrophique', a déclaré Chris Paxton, soulignant les 'dépenses personnelles extravagantes' du dirigeant.

'Oublié sur une étagère'

Depuis ce scandale, plusieurs familles exhortent le gouvernement à davantage réguler le secteur des pompes funèbres, en l'absence de cadre réglementaire pour ces entreprises en Angleterre, au Pays de Galles et en Irlande du Nord.

Un code de bonnes pratiques a été introduit en Ecosse en mars 2025.

Jasmine Beverley, la mère du bébé mort-né dont le corps a été découvert deux ans après, plaide pour une réglementation. Elle a dit à la BBC avoir trouvé Robert Bush 'charmant' et 'très respectueux' lorsqu'elle lui avait confié l'organisation de son incinération.

'Ça a été un choc d'apprendre ce qu'il se passait réellement', a-t-elle déclaré, racontant que les restes de son fils, Sunny, avaient été retrouvés dans une enveloppe brune laissée par terre.

Le directeur de pompes funèbres a aussi admis avoir remis à quatre femmes des cendres qui n'étaient pas celles de leurs enfants décédés pendant leur grossesse.

La famille de Raymond Dagnall, un ancien pêcheur, avait dispersé ce qu'elle croyait être ses cendres dans le port de Bridlington. Son corps a été retrouvé sept mois après sa mort dans les locaux de Robert Bush.

Sa soeur, Christina George, était en sanglots lors de son témoignage lundi, regrettant de l'avoir choisi pour les funérailles: 'Je continue à m'en vouloir et je pense que je m'en voudrai toujours'.

'J'essaie de me rappeler les bons souvenirs (...) mais je reviens toujours à l'image de son corps oublié sur une étagère', a-t-elle déclaré.

Outre la trentaine de charges liées à la privation d'inhumation décente, Robert Bush a plaidé coupable de vol au préjudice de douze associations caritatives, après avoir détourné des dons remis par des familles.

/ATS