Économie

Droits de douane: la pharma suisse sous la pression américaine

27.08.2026 10h48

Droits de douane: la pharma suisse sous la pression américaine

Une étude commandée par Interpharma met en garde contre des pertes se chiffrant en milliards pour l'industrie pharmaceutique suisse en raison de la politique douanière américaine. Sur la photo : le campus Novartis à Bâle (archives).

Photo: KEYSTONE/GEORGIOS KEFALAS

La politique pharmaceutique américaine pourrait coûter cher à la Suisse. Une étude chiffre à près de 195 milliards de francs les pertes potentielles de valeur ajoutée d’ici à 2040 et met en garde contre les conséquences pour les patients.

Une analyse réalisée à la demande de l’association professionnelle Interpharma s’est penchée sur les répercussions possibles de la politique pharmaceutique américaine sur la Suisse. Menée par l'institut BAK Economics, elle met en évidence plusieurs évolutions possibles, a indiqué Interpharma jeudi.

L’étude se concentre sur la délocalisation des capacités de production vers les Etats-Unis ainsi que sur la nouvelle politique tarifaire de l'administration Trump.

Jusqu’à 194,5 milliards de francs de pertes

L’étude compare un scénario de référence à trois scénarios alternatifs aux répercussions de plus en plus négatives. Dès le scénario de base, la croissance de l’industrie pharmaceutique suisse ralentit nettement. Alors qu’elle atteignait en moyenne 12,8% par an entre 2015 et 2025, elle tombe à 6,9% sur la période 2025-2040.

Dans le scénario d’une 'rupture structurelle', la perte cumulée de valeur ajoutée brute d’ici à 2040 atteint 194,5 milliards de francs par rapport à la trajectoire de référence. Cela correspondrait à plus d’un cinquième (22,4%) de la performance économique actuelle de la Suisse. Les auteurs soulignent qu’il ne s’agit toutefois pas du 'pire scénario catastrophe imaginable'.

Dans les deux scénarios plus modérés, les pertes atteignent respectivement 27 milliards et 77,7 milliards de francs.

Les conséquences indirectes sont déterminantes

Un facteur central est l’approche dite de la 'nation la plus favorisée' (NPF), par laquelle les Etats-Unis souhaitent aligner les prix de leurs médicaments sur ceux pratiqués dans d’autres pays industrialisés. Les pertes les plus importantes ne découleraient toutefois pas directement d’une baisse des prix aux Etats-Unis. Ce sont les conséquences indirectes qui seraient déterminantes, précise le communiqué.

Pour compenser la baisse des prix aux Etats-Unis, les groupes pharmaceutiques pourraient retarder, voire renoncer à la commercialisation de nouveaux médicaments sur d’autres marchés. Environ deux tiers des pertes dans le scénario de rupture structurelle seraient imputables à cet effet indirect.

Des effets déjà perceptibles en Suisse

Selon le communiqué, ce mécanisme a d’ores et déjà des conséquences concrètes pour la Suisse. Une enquête menée auprès des membres d’Interpharma montre qu’entre janvier 2025 et juin 2026, sept des 22 nouveaux médicaments innovants n’ont pas fait l’objet d’une demande d’inscription sur la liste des spécialités. Cette situation serait liée à l’évolution découlant de l’approche NPF. Cela correspondrait à environ un tiers des nouveaux médicaments sur cette période.

Les Etats-Unis constituent le principal marché de l’industrie pharmaceutique suisse. En 2025, 29,3% des exportations pharmaceutiques suisses étaient destinées à ce marché.

/ATS