Foule à l'exposition de la tapisserie de Bayeux à Londres
Les premiers visiteurs de l'expo de la tapisserie de Bayeux à Londres sont ressortis enthousiastes.
Photo: KEYSTONE/AP/Kin CheungL'exposition de la tapisserie de Bayeux a ouvert jeudi matin au British Museum de Londres. Le public peut désormais découvrir ce trésor médiéval qui suscite un engouement exceptionnel au Royaume-Uni, pris dans une 'tapestry-mania'.
John Heys fait partie des chanceux ayant réussi à décrocher un billet pour cet événement, qui affiche complet pour les mois à venir. 'Je suis stupéfait de voir qu'elle soit si bien conservée après tout ce temps', dit ce retraité de 74 ans à l'AFP à la sortie.
'Elle est formidable tout du long', ajoute-t-il à propos de l'oeuvre, qui s'étend sur 70 mètres et raconte la conquête de l'Angleterre par Guillaume Le Conquérant, duc de Normandie. 'C'est un tournant dans l'histoire de l'Angleterre', souligne-t-il.
Après avoir été accueillis par des membres du musée en tenues médiévales, les visiteurs disposent d'une quarantaine de minutes pour admirer la célèbre broderie, exposée pour la première fois à plat dans une semi-pénombre et accompagnée d'animations sur les principaux évènements qu'elle retrace.
Prêt pour un an
Cette oeuvre jouit d'une 'popularité digne d'une rock star', selon l'hebdomadaire The Economist, tandis que le Times affirme qu'une 'mania' s'est emparée du pays.
Le président français Emmanuel Macron avait annoncé en juillet 2025 le prêt de ce joyau, envisagé deux fois par le passé sans aboutir: en 1953 pour le couronnement de la reine Elizabeth II et en 1966 pour le 900e anniversaire de la bataille d'Hastings qui scella la victoire de Guillaume sur les troupes anglaises en 1066.
La tapisserie est arrivée à Londres le 10 juillet après un transport ultra-sécurisé pour protéger cette tapisserie extrêmement fragile.
'Complètement fous'
'C'est formidable que l'Etat français nous ait permis de l'accueillir ici', se réjouit Michael Lewis, le conservateur de l'exposition. 'Les Britanniques sont complètement fous de cette oeuvre tant elle occupe une place fondamentale dans leur histoire', poursuit-il.
'Il est difficile de faire comprendre aux Français l'engouement qu'elle provoque au Royaume-Uni. Je crois qu'ils ne réalisent pas vraiment le trésor qu'ils ont entre les mains', dit-il.
Constituée de neuf panneaux en lin reliés, la tapisserie représente quelque 626 personnages (et 202 chevaux) au cours de 58 scènes brodées de fil de laine.
Elle montre notamment la désignation de Guillaume Le Conquérant comme héritier du trône d'Angleterre en 1064 et se termine par sa victoire contre les troupes anglo-saxonnes à la bataille d'Hastings.
'Elle est formidable, émouvante et assez brutale', raconte Jenny, une Britannique de 52 ans qui a fait partie des premiers visiteurs de l'exposition. Elle avait vu la tapisserie à Bayeux il y a 42 ans et a déjà pris des billets pour revoir l'exposition en novembre. 'C'est un objet unique, un témoignage d'un événement historique majeur !', s'enthousiasme-t-elle.
Dans la boutique du musée, sont vendus tabliers, puzzles et jeux de cartes. Le magasin Liberty a sorti des coussins inspirés par l'oeuvre d'art, au prix de 165 livres (181 francs l'unité). En face du British Museum, un pub a installé sur ses murs une 'tapisserie de la bière' retraçant l'histoire du breuvage à travers les âges.
'Précieux symbole'
Selon les historiens, l'évêque Odon, demi-frère de Guillaume Le Conquérant, a commandé en 1077 la tapisserie afin d'orner la cathédrale de Bayeux. Beaucoup, dont le conservateur Michael Lewis, considèrent qu'elle a été brodée en Angleterre.
Ce prêt inédit constitue 'un précieux symbole de confiance', avait déclaré le roi Charles III après avoir admiré la broderie en avant-première le 2 septembre, avec Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Andy Burnham.
Un nouveau lot de billets doit être mis en vente le 21 octobre. Jusqu'à un million de personnes sont attendues pour cette exposition qui doit se terminer le 11 juillet 2027.
La tapisserie reprendra ensuite le chemin de Bayeux. Son transfert à partir de la Normandie a donné des sueurs froides à des experts et à des défenseurs du patrimoine en France, qui redoutaient une dégradation irréversible de l'oeuvre.
Une 'rupture de deux fils' a été constatée après ce transfert sans toutefois que l'état général ait été altéré, a assuré la semaine dernière la ministre française de la Culture Catherine Pégard.
/ATS