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« Le Mondial a énormément remué notre pays », estime Peter Knäbel

16.09.2026 05h00

"Le Mondial a énormément remué notre pays", estime Peter Knäbel

Peter Knäbel veut voir la Suisse atteindre une demi-finale d'un grand tournoi d'ici 2030.

Photo: KEYSTONE/PETER KLAUNZER

Peter Knäbel revient sur sa première année à la présidence de l'ASF. Il évoque la réélection de Gianni Infantino, le bilan du Mondial, les binationaux et le futur de l'équipe de Suisse féminine.

- Peter Knäbel, plusieurs fédérations se sont prononcées contre la réélection du président de la FIFA Gianni Infantino. Pourquoi l'ASF ne s'exprime-t-elle toujours pas ?

'L'ASF s'est exprimée et positionnée clairement et rapidement. Aussi bien dans l'affaire Balogun que sur la question des projets de vente de la FIFA. Pour le reste, nous suivons et accompagnons les choses de très près.'

- Vous avez fait savoir que l'ASF reconsidérait son soutien initial à Gianni Infantino, qu'elle cherchait le dialogue avec d'autres fédérations et qu'elle trancherait ensuite.

'Absolument. Notre position reste la même aussi longtemps que rien ne change sur ce point.'

- Aussi longtemps que quoi ne change pas ? Parlez-vous de l'émergence d'un candidat adverse ?

'La question qui se pose est plutôt la suivante: y a-t-il déjà quelque chose à décider, alors que l'élection proprement dite n'aura lieu qu'à fin mars 2027 ? Certaines fédérations se sont déjà exprimées, un grand nombre pas encore. Vous pouvez être assurés qu'à l'ASF, nous ne suivons pas seulement ces développements avec attention, mais que nous continuerons aussi à nous y impliquer activement.'

Des circonstances favorables

- Revenons sur le parcours de l'équipe de Suisse à la Coupe du monde. Juste après l'élimination en quart de finale contre l'Argentine, vous aviez parlé de votre fierté. Qu'en pensez-vous aujourd'hui?

'Le tournoi a énormément remué et déclenché de choses dans notre pays et pour notre pays. Le football nous a rappelé ce qu'il peut provoquer, et avec quelle intensité: relier les gens, permettre des expériences inoubliables, écrire des moments de société qui entrent dans les livres d'histoire. Nous pouvons en être fiers, nous et tous les Suisses.'

- Mais ?

'Je réfléchis déjà à l'étape suivante. Que faisons-nous maintenant de ce qui a été accompli ? Je me permets de rappeler que, dans le succès, tout n'a que rarement été bon, et que dans l'échec, tout n'a que rarement été mauvais. Nous devons aussi être conscients que nous avons aussi profité de circonstances favorables.'

- Lesquelles, par exemple ?

'Après San Diego, nous avons créé un deuxième camp de base avec les trois matches suivants à Vancouver, ce qui a certainement été un avantage. Mais cet avantage, nous l'avons construit et mérité en battant le Canada devant son public et en remportant notre groupe. Cela nous a épargné un gros stress lié aux déplacements.'

- Plusieurs joueurs ont dit depuis que la Suisse aurait pu aller encore plus loin dans le tournoi. Vous arrive-t-il aussi de vous demander: et si... ?

'Par principe, nous ne devrions regarder que vers l'avant. Mais rien que le nombre de fois où l'on m'en a parlé après le tournoi, lors des rendez-vous les plus divers - y compris à l'international - et encore aujourd'hui, c'est extrême. Et le constat est unanime: 'Vous aviez le momentum de votre côté, vous auriez pu gagner.' Même si le carton rouge contre Breel Embolo a été jugé non conforme aux règles par l'IFAB, nous devons simplement l'accepter. Le fair-play, c'est aussi accepter la défaite. Dans toute cette affaire, c'est de toute façon une autre image qui m'est restée.'

- Laquelle ?

'Cette lueur dans les yeux de Dan Ndoye après son égalisation, cette détermination, cette conviction et cette force. Puis sa course face à la caméra et la joie de tous ses coéquipiers, remplaçants compris. Mon souhait, c'est que l'énergie incroyable de cette scène puisse continuer à se déployer. Nous avons une équipe nationale très expérimentée et très soudée, qui nous permet d'oser rêver un peu et d'avoir des visions.'

Atteindre une demi-finale

- Au-delà des émotions, il reste aussi les recettes. Vous avez pronostiqué un temps que cela pourrait déboucher sur un bénéfice de trois millions de francs. Cela s'est-il vérifié ?

'J'aimerais bien que ce soit déjà confirmé. Mais le décompte n'est pas encore arrivé. En raison de facteurs comme les charges fiscales, on ne sait toujours pas avec certitude sur quelles recettes nous pouvons compter. Sachant toujours que la moitié du bénéfice va à la Swiss Football League.'

- Qu'advient-il du reste ?

'L'ASF est structurée de manière à ne pas dépendre des recettes de tournoi. Ces montants vont donc dans un fonds spécial, qui permet de soutenir différents projets dans le football de base, le football féminin et le football d'élite, au bénéfice avant tout de notre stratégie 2026-2030.'

- Celle-ci prévoit notamment que les sélections masculine et féminine se qualifient régulièrement pour des phases finales et atteignent au moins une fois une demi-finale d'ici à 2030. Les hommes en sont proches. Mais l'équipe qui a disputé le Mondial affichait une moyenne d'âge élevée. Un changement de génération se profile-t-il ?

'La vie, c'est le changement, pourrais-je répondre avec une formule un peu sentencieuse. Tout l'art consiste à trouver le bon équilibre entre la stabilité nécessaire et de nouvelles impulsions. Le fait que Murat Yakin et son staff aient déjà maîtrisé cette phase passionnante à plus d'une reprise devrait nous rendre confiants.'

La question des binationaux

- De nouvelles impulsions pourraient notamment venir de Winsley Boteli. Mais pas d'Alessandro Romano, qui a opté pour l'Italie. La fédération a-t-elle raté quelque chose dans ce dossier ?

'En premier lieu, l'essentiel reste que les joueurs concernés aient la pleine conviction et la fierté de vouloir jouer pour notre pays. C'est pourquoi l'attitude de Winsley Boteli et la patience d'Alvyn Sanches me réjouissent beaucoup. Chaque autre cas a sa propre histoire, que nous analysons dans le détail. De cette analyse, nous devons et nous allons tirer des conclusions concrètes pour l'avenir, afin de pouvoir agir ensemble et de manière anticipée, et pas seulement réagir. Au bout du compte, et je le souligne volontiers encore une fois, tout dépend de la conviction du joueur.'

- Mais vous pouvez aussi l'influencer...

'La bataille entre fédérations pour différents grands talents existe depuis longtemps, on se souvient du cas d'Ivan Rakitic. Et cette bataille est devenue plus exigeante en raison des directives de la FIFA et de l'internationalisation croissante des biographies de joueurs (réd: plus de 70 % des joueurs des équipes nationales masculines suisses ont deux nationalités ou plus). Notre argument le plus important, c'est que nous nous qualifions régulièrement pour les grands tournois et que nous avons une équipe attractive, qui permet d'accéder aux meilleurs championnats - comme Johan Manzambi cet été avec son transfert à Aston Villa.'

- Avant Romano, Albian Hajdari et Leon Avdullahu, internationaux suisses des sélections juniors pendant plusieurs années, avaient déjà opté pour une autre nation.

'La concurrence dans notre équipe nationale A est d'un très haut niveau à presque tous les postes. C'est grâce à cela que nous avons pu nous qualifier autant de fois pour des phases finales, ce qui nous vaut le plus grand respect dans le monde entier. Nous devrions donc nous réjouir de ceux qui, comme Alvyn Sanches et Winsley Boteli, ont choisi notre voie. Et moins nous agacer de ceux qui ont suivi le chemin suisse avec conviction pendant plusieurs années avec nous, avant d'opter pour une autre fédération.'

Les Suissesses et le Mondial

- Chez les femmes, la qualification pour la Coupe du monde entre dans sa phase décisive dès octobre. Après le tirage au sort des barrages, un constat s'impose: cela aurait pu être pire.

'Attention, ce sera loin d'être facile. Mais la tâche est aussi jouable et la qualification est notre grand objectif. Nous devons d'abord et avant tout nous concentrer sur Israël (réd: 9 et 13 octobre). Ce n'est qu'ensuite que nous pourrons nous occuper de l'obstacle suivant, les Autrichiennes, favorites du groupe A de la Ligue des nations, ou le Kosovo.'

- Êtes-vous satisfait de la voie empruntée sous la conduite du nouveau sélectionneur Rafel Navarro ?

'Sous Rafel Navarro, nous avons vu jusqu'ici une équipe qui aime beaucoup avoir le ballon, et qui l'a beaucoup. Nous avons aussi les joueuses adéquates pour cela. Lors du match contre Malte (réd: victoire 6-1), j'ai également ressenti cette soif de marquer des buts. Au-delà d'une défense très stable comme fondation, cette mentalité devra aussi se manifester lors des prochains défis.'

- Que signifierait une qualification pour la Coupe du monde 2027 au Brésil ?

'Ce serait une chance énorme de voir encore grandir l'attention autour du football féminin et de cette équipe, après l'Euro 2025 en Suisse. Nous avons tous les images de ce tournoi en tête. Je me réjouis en tout cas énormément des prochains matches et j'espère que l'équipe pourra poursuivre sa progression.'

/ATS