Près de 750'000 personnes sous le seuil de pauvreté en Suisse
Quatre Centres sociaux protestants (CSP) romands ont mis en garde mercredi à Lausanne contre les disparités des minima vitaux selon les populations et les cantons.
Photo: Keystone/JEAN-CHRISTOPHE BOTTLa Suisse peine à faire reculer la pauvreté. En 2024, 8,4% de la population, soit environ 743'000 personnes, vivait sous le seuil de pauvreté et le double de personnes exposé au risque de pauvreté. Les Centres sociaux protestants estiment les réponses insuffisantes.
Réunis mercredi matin à Lausanne devant les médias pour lancer leur campagne annuelle, les Centres sociaux protestants (CSP) de Berne-Jura, Genève, Neuchâtel et Vaud ont voulu mettre en lumière les écarts entre les statistiques disponibles, les dispositifs existants et les réalités rencontrées sur le terrain. Ils ont formulé trois priorités pour mieux protéger, harmoniser et mesurer les différents minima vitaux en Suisse.
Fin novembre 2025, la Confédération avait publié le premier monitoring national de la pauvreté, rassemblant et compilant toute une série d'informations et de connaissances sur la pauvreté dans le pays. Elle sert également de base à la stratégie nationale contre la pauvreté prévue d'ici à 2027. Son constat était clair: la Suisse n'a pas atteint son objectif de réduction de la pauvreté. Le taux de pauvreté a augmenté en dix ans (surtout entre 2014 et 2017), mais s'est ensuite relativement stabilisé depuis 2017 à un niveau proche des 8% de la population.
C'est le cas pour la dernière année chiffrée: 8,4% de la population, soit environ 743'000 personnes, vivait sous le seuil de pauvreté. Le taux de pauvreté absolue aurait atteint 16,4% de la population, soit près de 1,5 million de personnes, sans les prestations sociales, selon ce monitoring. A noter aussi que 4,3% des personnes actives occupées vivaient, elles aussi, sous le seuil de pauvreté, soit environ 175'000 travailleurs et travailleuses.
'La précarité dépasse les statistiques'
Au-delà de cette stagnation, ce qui inquiète aussi les CSP, c'est que 'la précarité dépasse ces statistiques officielles', selon Bastienne Joerchel, présidente des CSP.ch et directrice de l'antenne vaudoise. 'Une part importante de la population vit juste au-dessus des seuils', souligne-t-elle.
Les CSP disent voir chaque jour des ménages qui travaillent, des familles, des personnes seules ou retraitées dont 'le budget ne permet pratiquement aucun imprévu'. 'D'autres signaux apparaissent sur le terrain: augmentation du recours à l'aide alimentaire, demandes de dépannage financier ou alternance entre autonomie et aide sociale. Ces réalités ne sont pas toutes visibles dans les statistiques publiques', a résumé Caroline Regamey, responsable de politique sociale et de recherche au CSP Vaud.
Regarder au-delà des statistiques amène également à interroger les seuils eux-mêmes: que recouvre concrètement le minimum vital - de plus en plus souvent insuffisant - auquel ils se réfèrent? 'Il n'existe pas en Suisse un minimum vital unique. Prestations complémentaires AVS/AI, minimum insaisissable des poursuites, aide sociale, régimes d'assistance liés à l'asile ou aide d'urgence reposent sur des barèmes et des cadres juridiques différents. A cela s'ajoutent les différences cantonales', a relevé Mme Regamey.
Pour les CSP, l'ampleur de certains écarts mérite un débat national sur la cohérence du système et sur les conditions d'une vie digne. Il faut commencer par revaloriser les prestations sociales, selon eux.
/ATS