Cosey, dessinateur de l’Himalaya, face aux éboulements au Népal
Cosey dans son atelier à Ormont-Dessus dans les Alpes vaudoises en 2017.
Photo: KEYSTONE/THOMAS DELLEYLe dessinateur suisse Cosey, qui a souvent situé ses albums dans l’Himalaya, dit avoir vu les signes de la fragilisation des montagnes, après les dramatiques crues déclenchées le 26 août par un effondrement glaciaire au Népal et au Tibet.
La catastrophe, provoquée par un effondrement de glace et de roches dans l’Himalaya, a fait au moins 1400 morts et laissé plus de 6000 personnes portées disparues, selon les agences de presse.
'Ce n’est pas vraiment une surprise', confie à Keystone-ATS l’auteur de bandes dessinées, qui a traversé la région entre le Tibet et le Népal pour la dernière fois en 2019. Dans l’est du Tibet, il avait alors observé des glissements de terrain et des routes effondrées.
Depuis son premier voyage dans l’Himalaya, en 1976, Cosey est retourné à plusieurs reprises dans les régions de haute montagne, en privilégiant chaque fois de nouveaux itinéraires. Cette fréquentation au long cours ne lui permet toutefois pas de mesurer précisément les transformations du paysage, explique-t-il, car il a le plus souvent changé de lieu d’un voyage à l’autre.
Il relève néanmoins des signes visibles du changement climatique, notamment le dégel du pergélisol, qui contribue à fragiliser les pentes. 'On voit de plus en plus d’éboulements, les routes de montagne s’effondrent ou sont emportées', observe-t-il.
Le dessinateur garde aussi en mémoire ses séjours au Ladakh, où il s’est rendu pour la première fois en 1976, lors de son premier voyage dans le monde tibétain, avant d’y retourner en 2017. Il y a surtout constaté une transformation humaine, avec le développement du tourisme. A l’époque de son premier passage, raconte-t-il, seuls deux ou trois visiteurs s’y trouvaient, la région étant alors presque inconnue.
Au-delà des bouleversements physiques, Cosey évoque la proximité qu’il a ressentie avec les populations de l’Himalaya. Les philosophies et les façons d’envisager la vie peuvent différer d’un peuple à l’autre, mais face à une catastrophe, 'la souffrance est la même que la nôtre', souligne-t-il.
De l’Himalaya aux Alpes vaudoises
Son regard sur la montagne est aussi façonné par son quotidien dans les Alpes vaudoises, où il réside. Il dit suivre le recul des glaciers du Trient et des Diablerets. Interrogé sur son éventuel engagement écologiste, il se méfie des étiquettes politiques, mais estime que le respect de la nature relève aussi d’un intérêt à long terme pour l’être humain.
Cosey a également abordé le Tibet dans son œuvre, tout en distinguant l’expérience vécue de la fiction. Titulaire d’un passeport suisse, il affirme ne pas avoir personnellement subi les restrictions liées à la Chine. Il dit en revanche avoir été témoin des souffrances des Tibétains, ajoutant que 'ce n’est pas juste une théorie, le Tibet est un pays occupé'.
Dans ses albums, la montagne constitue souvent un décor et un élément symbolique, plutôt qu’un sujet documentaire. Cosey insiste sur le fait qu’il écrit des fictions et non des reportages, et évite donc de nommer précisément les montagnes ou les villages, afin de préserver sa liberté narrative. Les reliefs peuvent être suggérés par des lignes et des aplats de couleur, tandis que les questions climatiques ne sont abordées directement que lorsqu’elles s’inscrivent dans le scénario.
Le dessinateur travaille actuellement à un nouvel album prévu pour 2028, d’environ 90 pages, dont il réalise lui-même le scénario, les dessins, les couleurs et la documentation. La montagne y sera présente. Après avoir consacré une grande partie de sa carrière à la série 'Jonathan', il privilégie désormais les récits autonomes et annonce un prochain album 'totalement différent'.
/ATS