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Après la manifestation, Carole-Anne Kast dans le viseur de son propre camp

16.06.2026 18h26 Martin Esposito, Laure Lugon

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Deux jours après la manifestation, la polémique enfle à gauche. Les Verts réclament une enquête pour établir les responsabilités. Les jeunes socialistes appellent même à la démission de la conseillère d’État Carole-Anne Kast. Le PS est embarrassé.

Depuis deux jours, ces images du bord du lac tournent en boucle. Dans la nuit de dimanche à lundi, des centaines de manifestants mais aussi des badauds ont été retenus par les forces de l’ordre. Une situation qui fait bondir Marc Morel, co-président de la Ligue suisse des droits humains: «Du point de vue de la légalité, la nasse réalisée dans la nuit de dimanche à lundi est contraire aux normes légales, aux normes constitutionnelles, aux normes supranationales, s'agissant notamment de la définition de la détention arbitraire et du traitement dégradant.» Dans son viseur, la ministre Carole-Anne Kast. Parlant de «contrainte disproportionnée et arbitraire» et «d'exactions», Marc Morel l'enjoint à «rendre des comptes.»

Les Jeunes socialistes appellent à des démissions en rafale

Sur le terrain politique, cette fameuse nasse provoque un séisme à gauche. À commencer par les Jeunes socialistes. Ils réclament un grand coup de sac, exigeant la démission du procureur général Olivier Jornot, de la commandante de la police, Monica Bonfanti, mais aussi de la conseillère d’État, Carole-Anne Kast.

Dans la foulée, ils appellent le parti mère à renoncer à gouverner dans ces conditions: «Il n'est pas possible de mener une véritable politique de gauche et c'est pour cela que nous exigeons du PS genevois de reconsidérer sa présence au sein de cette institution tant qu'il ne sera pas possible d'appliquer le programme pour lequel les conseillers d'État ont été élus». 

«On ne remet pas en question l'action de la conseillère d'État»

Lundi soir au caucus, Carole-Anne Kast n’a pas été épargnée par les camarades. Mal prise, la présidence du parti tente de calmer le jeu: «On ne remet pas en question l'action de la conseillère d'État, explique Amanda Gavilanes, coprésidente du PS. Elle a pris des décisions opérationnelles qui ont été mises en œuvre par la police. Il y a eu des décisions judiciaires qui ont été prises par Olivier Jornot.» Des nuances qui ne l'empêchent pas d'appeler à faire toute la transparence sur ce qui s'est produit cette nuit-là, «parce que retenir des personnes pendant plus de 10 heures dans des conditions aussi inhumaines, ce n'est pas possible.»

«Tout ça pour finalement arrêter trois personnes»

Fait rare: les écologistes se désolidarisent aussi d’une ministre de gauche. Ils réclament une enquête indépendante pour comprendre la chaîne des responsabilités, une revendication soutenue par le PS: «Un ordre absurde a été donné, ce qui a mis les gens en difficulté, estime Maryam Yunus Ebener, présidente des Verts. Il y a des innocents, il y a plus de 550 personnes qui ont été dans cette nasse pendant des heures, dans des conditions déplorables, humiliantes parce qu'il n'y avait pas de toilettes. Et par-dessus le marché, ces gens ont été photographiés, ils ont été fichés, et tout ça pour finalement arrêter trois personnes.» La cheffe de file des écologistes tacle aussi la conseillère d’État: «On estime que la magistrate a un discours qui lui appartient mais qui ne correspond pas forcément à la réalité et on l'interroge sur le sujet.»

Dans un communiqué, le Parti du travail appelle à la démission de la conseillère d’État, allant jusqu’à parler de «grimace fascisante de l’exécutif cantonal». Idem pour le Syndicat des services publics (SSP). Contacté, ce dernier n’a pas souhaité nous répondre.