Comment la Suisse va prêter main forte à Genève pour le G7
Contrairement aux apparences, le Conseil d’État n’est pas seul aux commandes pour gérer le G7. Ce matin à Genève Aéroport, la Confédération était aux côtés du canton pour annoncer le dispositif. Armée déployée, douaniers et policiers de toute la Suisse, contrôles renforcés. Mais Berne déplore aussi un manque de soutien de la France, avec laquelle la Suisse n’est pas parvenue à tout négocier.
Dans une poignée d’heures, Genève Aéroport sera au centre du monde. Les délégations des puissances du G7 y atterriront pour partir à Évian, par la terre ou par les airs. Le canton n’est pas seul à la manœuvre. Ce matin, lors de la conférence de presse consacrée au dispositif prévu, la Confédération n’était pas simple figurante. Les médias suisses et internationaux ne s’y sont pas trompés, venus en nombre.
Ce sommet à Évian représente un enjeu bien plus conséquent qu’une manifestation en ville, soit-elle risquée. Cette dernière a pris toute la place ces dernières semaines, avec de multiples rebondissements. Devant les enjeux sécuritaires et logistiques inhérents à la venue des dirigeants et des délégations, Genève a fait appel à Berne, même si elle assure la coordination opérationnelle. Les acteurs sont nombreux: les polices de tous les cantons, la police fédérale (Fedpol), les douanes, le Service de renseignement de la Confédération (SRC), le Secrétariat d’État à la politique de sécurité, l’office fédéral de la cybersécurité, l’armée.
«Au tout début, l'option d'atterrir en France a été évaluée»
«Sans l’appui de l’armée, on ne pourrait pas tenir un sommet de cette envergure», affirme Monica Bonfanti, commandante de la police genevoise. Elle sera déployée sur les infrastructures sensibles, offrira sa capacité de transport et de logistique, veillera à la cybersécurité et à la souveraineté de l’espace aérien. La troupe pourrait aussi être envoyée en renfort aux frontières.
Mais toute cette mobilisation aurait été évitée si les délégations ne passaient pas par Genève: «Au tout début, l'option d'atterrir en France a été évaluée, explique le Divisionnaire Raynald Droz, commandant de la div ter 1. Mais très vite, on a vu que la Suisse, et surtout Genève, a une responsabilité particulière. Cet aéroport, en principe, ne peut pas être fermé. Il doit toujours rester ouvert pour cette responsabilité internationale, pour l'ONU. À partir de là et de par sa proximité avec Évian, il était plus facile pour la logistique française, mais aussi suisse, d'utiliser l'aéroport de Genève, qui a cette vocation.»
Pour l’ambassadeur Alain Gaschen, délégué du Conseil fédéral pour le G7, la Suisse aurait eu trop à perdre à refuser Cointrin aux Français: «Ce ne serait pas bon en termes d'image de forcer des délégations à atterrir ailleurs. Nous perdrions aussi des possibilités de rencontres bilatérales qu'aura le président de la Confédération. Donc là aussi, des opportunités auraient été manquées.»
«Si la personne est étrangère, on a la possibilité de la refouler»
Genève n’aura pas non plus à gérer seul ses 100 kilomètres de frontières avec la France. Depuis hier et jusqu’au 19 juin, les douaniers effectueront passablement de contrôles, mais pas systématiquement. Ceux-ci seront également renforcés au niveau national aux points de frontières. Quant aux personnes dont les objectifs seraient considérés comme suspects, voici ce qui les attend: «Elles vont faire l'objet d'un contrôle approfondi, explique le colonel Jean-Luc Boillat, chef Douane Ouest à l’Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières (OFDF). On va contrôler leur bagage et éventuellement procéder à un séquestre en cas de marchandise problématique. Si la personne est suisse, elle va quand même pouvoir entrer. Si la personne est étrangère, on a la possibilité de la refouler, tout simplement. En fonction de la gravité, on peut même demander au secrétariat d'État aux migrations de lui notifier directement une interdiction d'entrée.»
Les renforts viennent de tous les cantons, et à l’aéroport, d’une partie de l’Europe: «On a même des renforts qui nous viennent de l'agence européenne Frontex à l'aéroport, de différentes nationalités, poursuit Jean-Luc Boillat. Des Polonais, des Roumains, des Suédois, des Autrichiens, des Hollandais.»
«Effectivement, nous sommes arrivés à un constat de désaccord qu'il faut simplement acter»
Ces bonnes collaborations ne feront pas oublier que la Suisse n’est pas parvenue à obtenir le soutien de la France sur deux points cruciaux: les contestataires défileront à Genève, avec les dégâts potentiels auxquels la République se prépare, et la Suisse ne touchera aucune compensation de la part de son voisin. Un aveu d’échec? «Sur la question du financement, on en a parlé pendant des mois, répond l’ambassadeur Alain Gaschen. On a retourné la question dans tous les sens, politiquement et diplomatiquement. Et là, effectivement, nous sommes arrivés à un constat de désaccord qu'il faut simplement acter. Mais ça ne remet pas en cause l'entier de la collaboration dans le cadre du sommet.»
Aujourd’hui, la Confédération a pris ses quartiers au bout du lac. Et elle promet de maîtriser l’affaire.