Culture

«Apocalypses»: la bombe atomique mise à nu au MIR

13.11.2025 18h47 Delphine Palma

hiroshima

 Photos, sons, archives et objets détournés : Nicolas Crispini rassemble des milliers de fragments pour raconter une même histoire, celle de la bombe et de la fascination qu’elle suscite encore.

Au Musée international de la Réforme, l’exposition «Apocalypses» se déploie dans plusieurs salles remplies de trouvailles glanées par le photographe genevois Nicolas Crispini. Un travail hybride, entre regard artistique, rigueur du collectionneur et volonté de donner du sens à une mémoire toujours brûlante. «Le thème de la bombe atomique m’a intéressé, pas que pour une question mémorielle, mais pour son actualité» explique-t-il. «Savoir qu’aujourd’hui, 100 milliards de dollars sont investis dans de nouvelles bombes alors qu’il existe déjà 12 000 missiles, je trouve ça complètement insensé.»

Films, musique, vêtements... et doudous  

Dans les salles, le visiteur passe de photos satellites géantes de sites d’essais nucléaires retravaillées par le photographe, à des affiches de films, des jouets, des comics ou de la musique. Témoins d’une époque, la notre, où l’atome est  partout, entre propagande, inconscience et marketing. «Est-ce qu’on donne ça à une petite fille ou un petit garçon ? Une veilleuse vendue avec un champignon atomique. Ou un Lego où un champignon clignote au-dessus d’une ville» relève Nicolas Crispini. «On rend la bombe atomique inoffensive. On la trouve belle, on joue avec, sans se rendre compte de ce qu’elle représente. Les victimes, elles, ne sont jamais montrées.»

«L’apocalypse nucléaire est bien pire que l’apocalypse biblique»

Le MIR trouve ici un écho direct avec ses thématiques. Apocalypse biblique et apocalypse nucléaire se répondent, mais l’une dépasse largement l’autre. «L’apocalypse nucléaire est bien pire que l’apocalypse biblique» souligne Gabriel de Montmollin, directeur du MIR. «Si elle arrive un jour, elle anéantira toute vie sur Terre et même le souvenir de l’Apocalypse biblique. Notre expertise permet de créer cette discussion.»

L’exposition se referme sur les témoignages de survivants d’Hiroshima et de Nagasaki, rappel brut de la réalité derrière ces objets séduisants. «Apocalypses» est à voir jusqu’au 11 janvier au Musée international de la Réforme.