Hafid Ouardiri: «Ce qui est important dans le dialogue, c'est la rencontre, pas la confrontation»
Le directeur de la fondation de l’Entre-connaissance publie «Le port et le chemin». Un dialogue entre deux hommes originaires d’Algérie, l’un musulman, l’autre laïque. Il questionne l’identité musulmane aujourd’hui en Suisse.
Deux hommes d'origine algérienne, deux parcours et des convictions parfois opposées. Dans «Le port et le chemin», publié aux éditions Zarka, Hafid Ouardiri et Mohamed Hamdaoui ont choisi de faire de leurs différences une richesse. «Ce qui est important dans le dialogue, c'est la rencontre, non pas la confrontation», explique Hafid Ouardiri. L'idée du livre est née il y a deux ans, à l'initiative de Mohamed Hamdaoui. Les échanges, animés par Christiane Elmer, se sont déroulés sans questions annoncées à l'avance.
Des désaccords assumés sur l'islam et la laïcité
Parmi les sujets sensibles abordés dans l'ouvrage figure notamment l'interdiction de la burqa, soutenue par Mohamed Hamdaoui. Hafid Ouardiri défend une autre approche. Pour lui, la burqa n'a rien à voir avec l'islam et ne doit pas servir à stigmatiser les musulmans.
Plus largement, il estime que la pratique de l'islam en Suisse ne pose pas de difficulté particulière. «On peut très bien vivre en tant que musulmans dans une laïcité inclusive», affirme-t-il. S'il se dit favorable à la laïcité, il dénonce son instrumentalisation lorsqu'elle devient un outil d'exclusion.
Le directeur de la Fondation pour l'Entre-connaissance regrette également la méconnaissance de l'islam, aussi bien chez ses détracteurs que chez certains croyants. Il plaide pour une société fondée sur l'échange et le respect des différences.
Genève, terre de liberté
L'ouvrage revient aussi sur les racines algériennes des deux auteurs. Né en Algérie, Hafid Ouardiri a connu la colonisation française. Une période qui a façonné son rapport à la liberté. Il dénonce notamment une «double tyrannie»: celle des colonisateurs, mais aussi celle des libérateurs qui, une fois au pouvoir, reproduisent parfois les mécanismes d'oppression.
C'est finalement à Genève, après avoir quitté la France dans le sillage de Mai 68, qu'il affirme avoir trouvé cette liberté. «J'ai développé toutes mes compétences sans avoir aucun barrage», confie-t-il.
Un prix pour défendre les droits humains
En parallèle de la sortie du livre, Hafid Ouardiri annonce une nouvelle initiative de sa fondation, qui a fait de 2026 l'année de l'Entre-connaissance. Un prix destiné à distinguer les personnes engagées pour les droits humains a été créé.
L'ouvrage «Le port et le chemin» est notamment disponible à la librairie de l'Olivier, à Genève, ainsi qu'en ligne.