La maison des paons, un immeuble unique à Genève
Bruxelles, Paris et Barcelone sont connues pour leur patrimoine Art Nouveau. Mais Genève a elle aussi un bâtiment emblématique de ce mouvement artistique de la Belle Époque: la maison des paons. Elle se dresse dans le quartier des Eaux-Vives depuis plus de 100 ans.
Vous l’avez forcément déjà remarquée, en descendant en direction du pont du Mont-Blanc: la maison des paons avec sa toiture élancée, ses ferronneries pleines de courbes et ses sculptures opulentes. Cet immeuble est unique à Genève:
«On trouve des éléments Art Nouveau dans les immeubles datant de 1900, explique Frédéric Python, historien de l’art au Service de l'inventaire des monuments d'art et d'histoire. Souvent ce sont des éléments en fer forgé ou en fonte qui présentent ces formes végétales, parfois ce sont des sculptures. Mais ce qui est vraiment rare à Genève, c’est de trouver un immeuble qui associe tous les éléments adoptant les formes Art Nouveau, et qui font de cet immeuble une œuvre d’art totale.»
L'Art Nouveau, inspiré par la nature et les courbes
L’Art Nouveau, c’est ce mouvement artistique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, il se caractérise par des motifs courbes, inspirés de la nature. Le bâtiment a été construit entre 1902 et 1903, par les architectes Eugène Cavalli et Ami Golay.
On retrouve des formes végétales à l’intérieur: le plafond dans l’entrée, et les murs de la cage d’escalier sont ornés de coquelicots. À l’extérieur, les sculptures reprennent des motifs floraux et les ferronneries des balcons rappellent des lianes, avec leurs formes organiques.
«Ce bâtiment est très intéressant parce que ses façades sont construites de façon ondoyante, c’est-à-dire qu’elles ne forment pas un mur plat, elles forment des courbes et des contre-courbes, ajoute Frédéric Python. Les corniches sont interrompues, donc le profil du bâtiment est très intéressant, à la fois quand on regarde vers le haut les façades, mais aussi quand on regarde les toitures, qui sont ornées de tuiles vernissées et qui étaient à l’époque dotées d’épis de faîtage, des éléments de ferblanterie qui s’élançaient vers le ciel.»
Sauvé de justesse
Dans les années 60 le bâtiment doit être rasé, mais plusieurs personnes s’opposent à sa disparition. L’immeuble est sauvé de la destruction.
«Une nouvelle société immobilière a été créée, les appartements ont été vendus, cela a permis de conserver l'édifice, commente Noémie Sakkal Miville, conservatrice cantonale adjointe à l'Office du patrimoine et des sites. Malheureusement, les travaux dans les années 70 lui ont fait perdre des éléments d’ornement, ils ont été très destructeurs au niveau des façades. Elles ont été nettoyées, sablées, il y a même de l’acide qui a été mis sur les sculptures, ce dont on s’est rendu compte plus tard» déplore-t-elle.
L’immeuble est alors conservé, mais pas protégé. C’est en 1986 qu’il est inscrit à l’inventaire du Patrimoine. Cette inscription permet de rénover le bâtiment. Une campagne de restauration des façades est lancée en 2011 et 2012.
«On s’est rendu compte que la pierre se détériorait extrêmement rapidement, les éléments sculptés notamment les paons, mais également tous les éléments décoratifs de la façade qui se détérioraient parce qu’ils étaient devenus poreux suite aux travaux dans les années 70. Et là un travail extraordinaire a été réalisé par les sculpteurs pour redonner une forme à ces éléments, mais aussi pour que le calcaire puisse refaire son calcin, c’est-à-dire la petite croûte qui protège la pierre.»
Des travaux ont aussi permis de révéler les décors peints à l’intérieur. Ils avaient été recouverts par du crépi. L’Office du Patrimoine espère pouvoir un jour restituer les vitrines d’origine, pour redonner à la maison des paons tout son faste Art Nouveau.