«Les Tribulations d’Ulysse»: une odyssée photographique à Carouge
Cinq photographes du collectif Haytham Pictures exposent à la galerie ArTypique, à Carouge. Inspiré du voyage d’Ulysse, leur travail interroge la mémoire, les rencontres et les traces laissées par une vie.
L’exposition Les Tribulations d’Ulysse a pris ses quartiers à la galerie Artypique, rue Jacques-Dauphin, à Carouge, après un vernissage réussi jeudi soir. Le projet réunit Juliette Robert, Pierre Vassal, Hugo Aymar, Matthieu Zellweger et Anthony Micallef, cinq photographes du collectif Haytham Pictures. L’iconographe et commissaire d’exposition Alice Santinelli a construit le parcours à partir de dizaines de clichés proposés par les artistes.
«Elle a voulu reprendre une histoire qu’on a tous un peu au fond de notre mémoire, au fond de notre cœur, et qu’on a tous un peu entendue enfant», expliquent Anthony Micallef et Matthieu Zellweger. Le visiteur est ainsi invité à retrouver «un écho de ce héros», mais aussi «un écho de ces rencontres» et «de ce voyage de cette mer Méditerranée».
Une seule histoire, cinq regards
Le principal défi consistait à faire dialoguer des univers très différents. «Nous sommes cinq, avec des écritures photographiques qui sont très différentes les unes des autres», souligne Matthieu Zellweger. Le travail d’Alice Santinelli a donc été «absolument critique» pour donner à l’ensemble une cohérence et une fluidité.
Chaque photographe avait transmis une cinquantaine d’images. La commissaire d’exposition en a tiré plusieurs propositions avant de retenir le parcours final. «Très rapidement, on est tombé d’accord», raconte Matthieu Zellweger. Selon lui, Alice Santinelli a su créer «un fil conducteur» tout en sélectionnant des photographies «suffisamment marquantes» pour donner envie de les voir exister physiquement.
Car l’exposition repose sur une question commune: «Que reste-t-il de ce que l’on traverse?» Pour Anthony Micallef, cette interrogation dépasse largement le voyage. «On traverse tous une vie de manière un peu solitaire», observe-t-il. «À un moment de notre vie, on commence à se retourner. On se dit: qu’est-ce que je garde? Qu’est-ce que je laisse? Qu’est-ce qui, dans ce qui m’a traversé, a fait de moi la personne que je suis?»
Le photographe insiste sur le rôle des images dans la mémoire. «On ne rêve jamais, on ne se souvient jamais en vidéo. On rêve et on se souvient souvent en photographie.» «Les Tribulations d’Ulysse» invitent à ralentir face aux images.
Matthieu Zellweger voit lui aussi dans le thème du voyage une métaphore de l’existence. «On traverse évidemment des endroits, on traverse des voyages, mais on traverse une vie», explique-t-il. «Finalement, c’est le chemin qui fait la vie.»
«Notre ego peut se reposer»
Le projet collectif a également offert aux photographes une respiration dans un environnement artistique très individualisé. «Avec les réseaux sociaux, les artistes sont dans une obligation de toujours pousser leur nom, pousser leur visage, pousser sans cesse leur identité», relève Anthony Micallef.
Travailler à plusieurs a permis de sortir de cette logique. «C’est quelque chose qui a permis à notre ego de se reposer», dit-il. «Le collectif, c’est aussi une manière pour nous d’être vrais et d’être sincères.»
Cette démarche se veut précisément à contre-courant de la consommation permanente d’images. «On est assaillis d’images en permanence», constate Anthony Micallef, qui cite Netflix, Instagram et les réseaux sociaux. «On vit au milieu, on baigne dans les images, on se noie dans les images.»
Une invitation au voyage
À la galerie Artypique, pas de défilement infini. «On ne va pas vous proposer 5000 ou 10'000 images dans la journée. On ne va pas vous proposer de scroller sans fin», affirme-t-il. «On va vous proposer du papier, du print, du beau papier, de beaux encadrements.»
L’objectif est de provoquer une rencontre durable avec une photographie. «Pas dix, pas cinquante, pas deux cents, pas deux cents likes dans la journée», insiste Anthony Micallef. Mais plutôt «un moment dans une galerie» où une image peut toucher le visiteur et, peut-être, l’accompagner dans son quotidien.
Matthieu Zellweger résume la démarche comme une invitation. «Venez, laissez-vous porter par ce voyage qu’on vous propose. Laissez-vous surprendre», lance-t-il. L’exposition Les Tribulations d’Ulysse est à découvrir jusqu’au 31 juillet à la galerie Artypique, à Carouge.