Michel Butor, un écrivain intimement lié à Genève
Il y a 100 ans, le 14 septembre 1926, naissait Michel Butor. Figure majeure de la littérature francophone et auteur de «La Modification», l’écrivain a entretenu pendant plusieurs décennies des liens étroits avec Genève, où il a enseigné et écrit.
À Genève, l’une des traces les plus visibles de Michel Butor se trouve au rond-point de Plainpalais. Sa silhouette de bronze se tient debout, une valise à ses côtés et des stylos dans la poche.
Une représentation qui rappelle à la fois l’écrivain et le grand voyageur. Michel Butor a enseigné dans plusieurs universités à travers le monde, notamment aux États-Unis et au Japon, avant de s’installer durablement dans la région genevoise.
Seize ans à l’Université de Genève
De 1975 à sa retraite en 1991, Michel Butor enseigne la littérature française du XIXe siècle à l’Université de Genève. Ses cours portent notamment sur Arthur Rimbaud, Jules Verne ou Victor Hugo.
Il les baptise ses "improvisations sur...". «Un peu par provocation, parce qu’en réalité, il avait énormément préparé ses cours», explique Nathalie Piégay, professeure de français à l'Université de Genève et spécialiste de l'écrivain. «Il donnait cours un peu comme un conteur, il était capable de raconter un roman de Jules Verne ou de Balza.» souligne-t-elle
Mais les liens de Michel Butor avec Genève précèdent largement son arrivée à l’Université.
«La Modification» écrite aux Eaux-Vives
Son œuvre la plus célèbre, «La Modification», a été écrite à Genève alors qu’il enseignait à l’École internationale. Michel Butor n’a pas encore 30 ans et vit dans une petite chambre aux Eaux-Vives.
Publié en 1957 aux Éditions de Minuit, le roman reçoit la même année le prix Renaudot et devient l’un des ouvrages emblématiques du Nouveau Roman.
Entre Genève et Lucinges
Michel Butor travaille à Genève mais choisit de vivre de l’autre côté de la frontière. Avec son épouse Marie-Jo, il achète une maison à Lucinges, qu’il occupe de 1989 jusqu’à sa mort.
«Il la baptise "À l’écart". Un nom qui résume sa situation: suffisamment proche de Genève, de l’Université et de l’aéroport, mais assez éloigné pour disposer du calme nécessaire à son travail» résume Aurélie Laruelle, responsable de l'Archipel Butor.
Il y fait construire un bureau sur mesure pour accueillir ses milliers de livres et de nombreuses œuvres d’art.
Car Michel Butor ne se limite pas au roman. Poète, essayiste et critique d’art, il multiplie les collaborations avec des peintres, graveurs, photographes et sculpteurs. Il réalise notamment des livres d’artistes, dans lesquels ses textes dialoguent avec leurs créations.
Un centenaire célébré
Michel Butor s’éteint en 2016, peu avant ses 90 ans. Jusqu’à la fin de sa vie, il conserve des liens étroits avec Genève: il est intervenu sur Léman Bleu en décembre 2006 face à Pascal Décaillet:
«Je ne peux que souhaiter aux gens de lire Rimbaud et de le lire le plus entièrement possible», déclarait-il sur notre antenne.
Cent ans après sa naissance, son œuvre continue d’être célébrée. Une exposition intitulée «Michel Butor en musique» ouvrira ses portes le 10 octobre à l'Archipel Butor, à Lucinges. Plusieurs colloques et publications sont également prévus pour marquer ce centenaire.