Genève

Sur les traces d'un chevalier de la Table Ronde oublié à Genève

20.10.2023 18h01 Lucie Hainaut

Bodmer Bodmer

Vous connaissez sûrement Perceval, Lancelot, Caradoc ou encore Gauvain, les chevaliers de la Table Ronde. Mais un nom vous est sans doute inconnu: Ségurant le Brun. Ce héros arthurien est tombé dans l’oubli il y a 7 siècles jusqu’à sa redécouverte par un jeune médiéviste, Emanuele Arioli. L’enquête du chercheur l’a mené jusqu’à la Fondation Martin Bodmer, où il a pu reconstituer une partie de l’aventure du chevalier. Il publie aujourd’hui un roman et une bande-dessinée pour raconter les péripéties du héros.

L’histoire de Ségurant, le Chevalier au Dragon, était tombée dans l’oubli: ce récit a été exhumé par Emanuele Arioli, Docteur en études médiévales à l’université polytechnique Hauts-de-France. En consultant un manuscrit, le chercheur tombe sur le nom de Ségurant: il comprend qu’il a affaire à un chevalier de la Table Ronde inconnu. Sa quête pour retrouver l’histoire du héros dure dix ans. Elle conduit Emanuele Arioli à travers les bibliothèques d’Europe jusqu’à Genève. Ici il retrouve trois épisodes de l’histoire de Ségurant, parti à la poursuite d’un dragon après un sortilège de la fée Morgane: «Je trouve la suite directe de ses aventures où il a un personnage qui s’appelle Golistan qui cherche Ségurant, alors qu’il est encore dans cette poursuite du dragon. Un autre épisode clef que j’ai trouvé c’est la rencontre avec un personnage magnifique et très célèbre qui est la Dame du Lac. Ségurant rencontre cette fée et c’est ici à la Fondation Martin Bodmer que j’ai trouvé cet épisode» se souvient le chercheur.

«Les textes perdus sont légion dans l’histoire littéraire»

Comment un chevalier de la Table Ronde peut-il disparaître des mémoires, avant de refaire surface ? Même si cela semble étonnant, le chercheur a une explication: «Il faut savoir qu’aucun manuscrit n’est complet, donc l’histoire s’est retrouvée morcelée dans plusieurs manuscrits, c’est pour cela qu’elle n’a pas été vue. Ce sont parfois des épisodes à l’intérieur d’autres histoires. Une autre raison c’est que souvent elle se trouve dans des manuscrits très abîmés, parfois brûlés, des manuscrits en morceaux. J’ai retrouvé plusieurs manuscrits que l’on croyait brûlés, mais qui n’avaient pas brûlé et dans ces manuscrits-là j’ai trouvé plusieurs épisodes» relate Emanuele Arioli. La disparition d’un pan entier du cycle arthurien n’étonne pas non plus le vice-directeur de la Fondation Martin Bodmer: «Les textes perdus sont légion dans l’histoire littéraire, dans certains cas on peut même penser qu’il y a plus de textes perdus que de textes conservés. Pour revenir au manuscrit arthurien par exemple, des estimations ont été faites qui montrent les dommages à hauteur de 70% C’est-à-dire qu’il y a 70% des romans arthuriens disparus, ce que nous conservons ce sont les survivants» détaille Nicolas Ducimetière.

Rendre la découverte accessible

Après cette redécouverte, le médiéviste décide de publier l’histoire de Ségurant dans un roman et dans une BD: «Je voulais que cette découverte soit accessible à tout le monde: on ne retrouve pas tous les jours un chevalier de la Table Ronde. C’est un trésor qu’on redécouvre aujourd’hui, et j’ai envie que tout le monde puisse accéder à ce texte. Non seulement les spécialistes, non seulement les passionnés de la légende du roi Arthur mais aussi les jeunes, les passionnés de BDs, les enfants…» se réjouit Emanuele Arioli.

Le chercheur a fait appel à Emiliano Tanzillo pour le dessin de la BD. L’artiste a puisé son inspiration à de nombreuses sources pour proposer un graphisme contemporain. Une manière pour les deux hommes de réactualiser à leur façon l’histoire de Ségurant.