Les CFF saluent Transport'45, mais veulent un financement réaliste
S'ils affichent leur soutien au projet Transport'45 du Conseil fédéral, les CFF demandent désormais un financement réaliste pour rendre ces investissements fiables (image d'illustration).
Photo: KEYSTONE/THOMAS HODEL"Un financement réaliste et des priorités claires": les CFF ont fait part de leur soutien lundi au projet Transport'45 du Conseil fédéral, mais ont aussi assumé certaines exigences. Ils estiment notamment qu'un maintien de la qualité de l’infrastructure ferroviaire est une condition sine qua non pour rendre les investissements futurs durables.
Dans un communiqué, l'entreprise estime que les moyens présentés par le Conseil fédéral dans son projet ne sont pas suffisants pour mettre en oeuvre toutes les mesures prévues. Elle précise d'ailleurs ne s'exprimer que sur le volet ferroviaire de Transport'45.
Les CFF ont rappellé lundi, lors d'une conférence de presse en présence d'autres acteurs du monde des transports, que le seul moyen de garantir à long terme "la sécurité, la ponctualité et la disponibilité" du chemin de fer passe par le renouvellement et l'entretien du réseau ferroviaire existant.
La mise en oeuvre intégrale des mesures d’infrastructure à l’horizon 2035 est aussi demandée, afin de répondre à la demande. Cela se traduirait notamment par davantage de correspondances sur l’Arc lémanique, une cadence au quart d’heure entre Zurich et Berne et une cadence semi-horaire entre Lucerne et Berne.
La demande en matière de transports publics a encore augmenté ces derniers temps. Un trajet sur quatre en Suisse est effectué en transports publics, a déclaré Fabian Schmid, président de l’UTP devant les médias. Il est donc essentiel de continuer à investir dans le réseau ferroviaire, ont souligné Daniel Schafer et Vincent Ducrot, les directeurs généraux de BLS et des CFF.
Gare souterraine à Genève
Les CFF rappellent aussi que la numérisation est une condition essentielle au développement du système ferroviaire. Ils estiment que l’infrastructure existante peut être mieux exploitée grâce aux technologies numériques.
Rappelant que la demande et la rentabilité doivent être déterminantes pour la hiérarchisation des priorités, l'entreprise ferroviaire détaille aussi ses grands projets urgents. On retrouve en tête de liste la gare souterraine de Cornavin ou encore l'accroissement des capacités de la gare de Bâle. A plus long terme, les CFF citent aussi la ligne Morges-Perroy (VD).
Ces projets ne vont pas à eux seuls créer des places assises supplémentaires, souligne l'entreprise. Pour y arriver, il faudra des quais plus longs dans d'autres gares, des installations de garage supplémentaires et d’autres aménagements opérationnels. "Ces projets doivent être planifiés et financés de manière contraignante dès le départ et non pas a posteriori."
L'UTP veut davantage de moyens
Le son de cloche est similaire au sein de l'Union des transports publics (UTP). "Ce projet est d'une importance énorme non seulement pour le chemin de fer, mais aussi pour l'avenir de l'ensemble des transports publics suisses et la connexion avec l'étranger", a déclaré lundi le directeur de l'UTP, Ueli Stückelberger.
Comme les CFF, l'UTP réclame aussi davantage de moyens pour le rail. Un financement supplémentaire est jugé indispensable pour le Fonds d'infrastructure ferroviaire (FIF), afin de garantir les moyens nécessaires à la fois pour l'entretien et pour l'aménagement du réseau. Selon l'UTP, sans une nouvelle source de financement en plus de la pérennisation du pour cent de TVA, des retards interviendront dès le début des années 2030 dans la réalisation de projets déjà décidés.
Pour éviter ce scénario, l'UTP propose de suspendre jusqu'en 2045 le remboursement des dettes du fonds de financement des transports publics (FTPF), accumulées lors de la construction des nouvelles lignes ferroviaires à travers les Alpes (NLFA).
Une autre revendication concerne le trafic d'agglomération. L'UTP demande à la Confédération de corriger une incitation jugée erronée. Alors que le FIF couvre l'intégralité des coûts des projets ferroviaires, la Confédération ne participe qu'à hauteur de 30 à 50% au maximum aux projets de trams, de métros légers ou de bus via le Fonds pour les routes nationales et le trafic d'agglomération (FORTA). Or, de tels projets sont souvent moins chers et plus rapides à réaliser que les infrastructures ferroviaires classiques.
Projet critiqué
S'appuyant sur une expertise de l'EPFZ, Transport'45 englobe environ 50 milliards de francs d'investissements d'ici 2045 pour le transport routier et ferroviaire, dont un premier paquet de 11 milliards doit être soumis au Parlement début 2027. Un deuxième message doit suivre en 2031.
En juin dernier, la Conférence des Transports de la Suisse occidentale (CTSO) et l'association OuestRail avaient estimé que ce projet compromettait le développement de l'offre ferroviaire en Suisse occidentale.
Dans un audit mi-septembre, le Contrôle fédéral des finances (CDF) a étrillé le projet en relevant "d'importantes faiblesses". Le CDF les avait déjà notifiées au Département fédéral des transports (DETEC) et au Conseil fédéral avant l'ouverture de la consultation, demandant de suspendre Transports'45 tant que les points problématiques n'étaient pas résolus.
La consultation court jusqu'au 9 octobre. Le Conseil fédéral transmettra ensuite un message au Parlement au début de l'année prochaine. Le Parlement se saisira alors du dossier.