Jean-Marc Rickli: «le système iranien est résilient»
Le directeur des risques globaux et de la résilience au Centre de politique de sécurité de Genève analyse l’escalade militaire contre l’Iran. Selon l'expert, les frappes ont affaibli le régime iranien, mais un renversement reste pour l’heure improbable.
Les frappes américaines et israéliennes ont visé une cinquantaine de hauts dirigeants iraniens, dont le Guide Suprême. Pour Jean-Marc Rickli, «c’est un coup très important». Le spécialiste parle de «frappes de décapitation», une stratégie déjà utilisée par les Israéliens «avec le Hamas et le Hezbollah» , mais tempère: «Le système iranien est quand même résilient».
La mort de Kahmenei ne change pas tout puisque le Guide Suprême était âgé et «avait déjà prévu sa succession», indique Jean-Marc Rickli. L’objectif affiché par Benyamin Netanyahou et Donald Trump est clair: «l’idée, c’est quand même un changement de régime», reste à savoir sous quelle forme.
Le changement, dans les mains des locaux ?
Donald Trump évoque quatre semaines pour mettre fin au régime des Mollahs. «L’histoire nous montre que c’est relativement peu crédible», tranche Jean-Marc Rickli. Selon lui, un véritable changement en Iran ne peut venir que de «la population locale», avec «des mouvements de résistance organisés». Sans soulèvement interne, «ça voudrait dire mettre des troupes au sol». Et là, il prévient : «vous avez plus de chances de vous embourber que de faire un régime viable sur le long terme».
Jean-Marc Rickli rappelle que la société iranienne est diverse. Une contestation existe, notamment parmi la jeunesse. Mais le régime s’appuie sur les gardiens de la révolution, «très implantés au niveau économique» et dotés d’un «réseau tentaculaire»
Renverser le pouvoir signifierait aussi renverser cette structure. «Les Américains et les Israéliens (…) font face à un défi qui est très important»
Le Golfe vacille
Avec l’attaque des monarchies du Golfe, l’Iran «joue son va-tout» Le risque? «Un embrasement important si ces monarchies décident d’attaquer l’Iran également» Pour les États du Golfe, l’impact est déjà tangible. «Ces États ont investi énormément dans leur branding comme étant des îlots de stabilité», souligne Jean-Marc Rickli qui note un dégât d’image colossal pour ces pays.
Certains expatriés «considèrent probablement de se rapatrier en Europe», analyse-t-il. À court terme, des milliers de voyageurs restent bloqués. À long terme, c’est la réputation de stabilité de la région qui vacille.