La Suisse veut identifier ses infrastructures critiques et mieux les protéger
Jacques Pitteloud, chef de la mission suisse auprès de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (Otan) à Bruxelles, s'attend à ce que l'unité de l'alliance soit réaffirmée à Ankara. Le contraire signifierait une péjoration générale de la situation de sécurité en Europe (archives).
Photo: KEYSTONE/CHRISTIAN BEUTLERLes 32 chefs d'État et de gouvernement des pays membres de l'Otan se réunissent mardi et mercredi à Ankara à l'occasion du sommet annuel de l'alliance. L'ambassadeur suisse de l'Otan, Jacques Pitteloud, évalue ce sommet et la coopération entre la Suisse et l'Otan.
Monsieur l'Ambassadeur, qu'attendez-vous de ce sommet?
La plupart des membres de l’Otan ainsi que leurs partenaires s’attendent à une réaffirmation de l’unité de l'Alliance et de ses objectifs communs, tant en matière de budget militaire et de réarmement qu’en ce qui concerne la réaffirmation de l'article 5 (l'article 5 est la clause d'assistance mutuelle de l'Otan, ndlr). Contrairement aux très longues déclarations finales du passé, on s’attend cette fois-ci à une déclaration courte.
Que signifie ce sommet pour la Suisse?
Pour la Suisse, cela dépendra de l'orientation que prendra la déclaration finale. Si celle-ci reflète un affaiblissement de l'Otan dû à un manque d'engagement des États-Unis, cela signifierait une détérioration de la situation sécuritaire en Europe. À l'inverse, une réaffirmation de l’unité totale et du principe de l'article 5 conduirait à une plus grande prévisibilité et à une certaine baisse des tensions en Europe.
L'année dernière, les alliés ont décidé d'augmenter leurs dépenses de défense et de sécurité au sens large pour les porter à cinq pour cent de leur produit intérieur brut respectif d'ici 2035. Est-ce également ce que l'on attend de la Suisse?
Non, de telles attentes ne nous ont jamais été adressées. Ces attentes s'adressent aux membres de l'alliance, dont nous ne faisons pas partie. L'Autriche, Malte ou l'Irlande ne font pas non plus l'objet de telles attentes (ces trois États membres de l'UE sont, comme la Suisse, neutres, ndlr). Ce sont avant tout nos voisins, qui attendent de la Suisse qu'elle ne devienne pas un ventre mou du système de défense européen.
La Suisse et l'Otan collaborent depuis 30 ans dans le cadre d'un partenariat pour la paix. Qu'apporte ce partenariat à la Suisse?
Cette coopération a permis à la Suisse de s'améliorer dans différents domaines: la conduite, des domaines militaires, la logistique ou encore la formation. Il ne s'agit pas d'une antichambre à la rentrée dans l'alliance. Ce partenariat nous donne également la possibilité de participer à la mission de stabilisation de la KFOR au Kosovo, ce qui est dans l'intérêt de la Suisse.
Un renforcement de la coopération est-il prévu?
Oui, dans sa stratégie de politique de sécurité, le Conseil fédéral prévoit un renforcement de la coopération. Nous avons récemment signé le nouveau programme de partenariat pour les trois prochaines années. Une partie de ce programme consiste, d'une part, à identifier, en collaboration avec nos voisins, les infrastructures situées en Suisse qui pourraient être considérées comme critiques ou stratégiques pour l’Otan, afin de mieux les protéger. Il s’agit de protéger nos biens. D'autre part, l'objectif est d'améliorer l'interopérabilité avec les partenaires de la région. Il s'agit ici de gagner en efficacité et de réduire les coûts d'acquisition pour obtenir davantage avec le même budget.
La Suisse participe régulièrement à des exercices auxquels l'Otan prend part et qui visent à tester l'interopérabilité. Or, la Suisse est neutre et ne peut pas combattre aux côtés d’autres forces armées. Pourquoi participe-t-elle néanmoins à de tels exercices?
C'est une méconnaissance du droit de la neutralité. Si la Suisse devait être attaquée, le concept de neutralité tomberait immédiatement et la Suisse pourrait collaborer avec quiconque le voudrait. Il en a toujours été ainsi. C'est pourquoi la Suisse s'entraîne aux côtés de ses partenaires. Et je ne me souviens pas d'un exercice armé avec l'Otan. Il y a eu des exercices avec nos chars en Autriche et en France, et des avions étaient en Angleterre. Tous ces exercices se déroulent au niveau bilatéral et nous permettent de nous confronter à des armées étrangères.
/ATS