Clément Bailly sur Mityukov: «Je veux un bulldog à la rentrée»
Clément Bailly (à droite) veut emmener son protégé Roman Mityukov encore plus haut.
Photo: KEYSTONE/PATRICK B. KRAEMERLa 4e place de Roman Mityukov sur 200 m dos mercredi aux Européens de Paris fait déjà partie du passé. Son coach Clément Bailly fait le point: «Je veux un bulldog à la rentrée», prévient-il.
«L'analyse de sa finale s'est faite beaucoup plus vite que d'habitude. On a un peu analysé ses adversaires, mais on se demande tout de suite ce qui lui a manqué. Et ça, c'est arrivé très vite dans son discours à lui», explique le technicien français.
«Ensuite, il s'agira de voir, à travers les datas et les temps de passage notamment, comment arriver à avoir les bonnes stratégies de développement pour s'améliorer. Parce qu'une 4e place européenne ne nous convient évidemment pas. Même si le chrono (red: 1'54''07, record de Suisse battu de 0''76) est très bon», rappelle-t-il.
Encore quelques points plus faibles
Qu'a-t-il manqué à Roman Mityukov pour décrocher une sixième médaille internationale sur 200 m dos ? «Il manquait de la vitesse dans ses coulées, premièrement, pour être au même niveau que les autres. Bien évidemment il a progressé dans ce domaine, forcément, sinon son temps n'aurait pas été aussi bon», répond Clément Bailly.
«L'enchaînement approche du mur/poussée est meilleur qu'avant, la distance de coulée est meilleure, mais la vitesse de l'exécution n'est pas suffisamment bonne. C'est ce que je constate en comparant avec ce qui passe à côté de lui. C'est encore un point faible, même s'il a là aussi progressé», poursuit le Français.
«Probablement que sa vitesse n'est pas encore au niveau. Dans sa demi-finale, il nage le premier 100 mètres en 55''67. Mais en finale, c'était 55''9. C'est déjà deux dixièmes de perdus, et on connaît le résultat avec deux dixièmes de moins», soupire Bailly, dont le protégé a échoué à 0''11 de la médaille de bronze.
«Ça veut dire que ce n'est pas si acquis que cela, même si j'ai été content de voir que c'était moins de 56'' à chaque fois ici. Le retour est bon, mais ce n'est toujours pas suffisant. Le dernier 50 et les dix derniers mètres ne sont pas assez rapides par rapport à ce que j'avais imaginé», précise-t-il.
«Il y a beaucoup d'endroits où on peut gratter et aller chercher des centièmes, et c'est tant mieux. Et l'analyse est plus facile que l'an passé», après une finale de championnats du monde manquée par Roman Mityukov (7e à Singapour en 2025). «Il a nagé sa finale à Paris à son meilleur niveau actuel, et c'est une bonne chose.»
Clément Bailly le concède, «c'était une belle réaction de sa part, ça valide aussi le travail qui a été fait. On est content de voir qu'on continue de développer et de s'améliorer sur cette distance-là. Ça montre des perspectives, et on a du boulot qui nous attend», sourit-il.
Comme Roman Mityukov l'avait lui-même expliqué avant ces Européens, cela devient de la mécanique de grande précision. «Ce sont des micro-améliorations, mais qui peuvent faire de belles différences», explique Clément Bailly. «Et le niveau moyen augmente, donc lui aussi doit élever le curseur.»
«Pas quelqu'un qui baisse les bras»
Et Roman Mityukov «sait se nourrir de l'adversité, ça a toujours été son cas. Ce n'est pas quelqu'un qui baisse les bras. J'ose croire qu'on est dans la même situation qu'en 2022», après que le Genevois avait obtenu trois quatrièmes places aux Européens, «avec deux ans à être affamé, à avoir envie d'en faire encore plus», se projette-t-il.
«Il faudra tout mettre en œuvre au bon moment et intelligemment sur les deux prochaines saisons. Il faudra qu'il apprenne à nager 1'55 tout le temps pour être sûr de réussir 1'53 et moins à son pic de forme», estime Clément Bailly, qui attend de voir Roman Mityukov nager le 100 m à Paris avant de faire une analyse plus poussée.
«Son deuxième 100 m doit être meilleur, mais le premier 100 m devra l'être encore plus, et surtout devra l'être plus naturellement», lâche le coach de Genève Natation, pour qui il est primordial que Roman Mityukov travaille les courtes distances: «Même s'il ne sera jamais spécialiste de 50, ça l'aidera à avoir plus de vitesse.»
On l'a compris, le chantier est immense, même si tout se joue bel et bien sur des détails lorsqu'on atteint un tel niveau. Et Roman Mityukov «a livré sa propre analyse rapidement, de manière lucide et objective. Il a déjà envie de reprendre l'entraînement, et a déjà "switché" sur la saison suivante», sourit-il.
«C'est la passion qui fait la différence»
Mais n'est-il pas le moment de prendre des vacances ? «Il n'en a pas encore parlé, donc ça veut aussi dire qu'on a bien géré la saison et qu'il est bien à son pic maintenant. Mais c'est clair qu'il en a besoin. En revanche, je veux retrouver un bulldog à la rentrée, dès la deuxième semaine de septembre», lâche Clément Bailly.
Perfectionniste - comme l'est d'ailleurs Roman Mityukov, le technicien français ne voit néanmoins pas que le verre à moitié vide. «Il faut aussi s'appuyer sur ce qu'il a déjà réussi à améliorer. Sa finale ici était meilleure que sa finale des JO 2024», où le Genevois avait cueilli le bronze en 1'54''85.
«C'était aussi mieux que quand il avait réussi son précédent record de Suisse», en demi-finales des Mondiaux 2025 (1'54''83). «Il n'y a évidemment pas tout à jeter», rigole Clément Bailly qui, s'il utilise toutes les données qui sont à sa disposition pour aider Roman Mityukov à atteindre les sommets, n'en oublie pas l'essentiel: «Au final, c'est la passion qui fait la différence.»