Sport

Il s'entraîne à 39 degrés pour mieux performer

15.06.2026 17h22 Pierre Pillet

Matteo Oppizzi

Gants, bonnet, plusieurs couches de vêtements et un home trainer installé à l'intérieur. Alors que les températures estivales s'installent, le cycliste d'Elite Fondations Cycling Team Mattéo Oppizzi choisit volontairement de s'exposer à la chaleur. Une méthode de préparation de plus en plus utilisée dans les sports d'endurance pour améliorer les capacités de thermorégulation et mieux supporter les conditions extrêmes rencontrées en compétition.

Ne vous y trompez pas : nous sommes bien en plein mois de juin. Pourtant, gants aux mains, bonnet sur la tête et quatre couches de vêtements sur le dos, le cycliste Mattéo Oppizzi enfourche son home trainer pour une séance de 45 minutes. Une à trois fois par semaine, il recrée volontairement des conditions caniculaires afin de préparer son corps aux fortes chaleurs qu'il rencontrera cet été en compétition.

«Le but, c'est de monter à environ 38,5, voire 39 degrés de température corporelle pour avoir une simulation de la chaleur et une simulation de l'altitude à peu près», explique-t-il.

À l'approche de ses grands rendez-vous estivaux, le coureur suit une vingtaine de séances de ce type. Une nécessité pour celui qui reconnaît avoir longtemps souffert lorsque le thermomètre grimpait.

«Les courses se déroulent toujours dans l'après-midi et il fait de plus en plus chaud, de plus en plus tôt. Je ne performais pas forcément très bien dans ces conditions. Aujourd'hui, quand il a fait très chaud au début du mois de mai, je ne me suis pas senti étouffé et je n'ai pas ressenti de perte de puissance. C'était une de mes grosses lacunes les autres années.»

Équipé de capteurs de température, Mattéo pousse progressivement son organisme à s'adapter. L'objectif n'est pas de gagner directement des watts, mais d'améliorer la thermorégulation et d'augmenter le volume sanguin. Un protocole qui reste toutefois délicat à manier.

«On est déjà en légère fièvre à plus de 39 degrés, donc il ne faut pas aller trop haut. Le but n'est pas de saccager sa santé, mais d'améliorer sa performance. C'est hyper important de faire ça de manière bien encadrée.»

Pour compenser les pertes liées à la transpiration, le cycliste consomme entre deux et trois litres d'eau enrichie en électrolytes à chaque séance. Malgré cela, il termine souvent son entraînement avec une perte de poids de 200 à 300 grammes.

«Le stress que cela amène au corps, c'est comme faire 45 minutes de sauna. Ça peut être bénéfique, mais il faut vraiment le faire intelligemment parce que cela peut vite devenir dangereux.»

Cette méthode suscite un intérêt grandissant dans le monde de l'endurance. Selon certains spécialistes, l'entraînement à la chaleur pourrait permettre un gain de performance de 4 à 5 %, notamment grâce à une meilleure gestion de la température corporelle et à un apport plus efficace d'oxygène aux muscles.

«On connaît depuis longtemps les bénéfices de l'altitude sur la performance. Depuis quelques années, on s'intéresse aussi aux adaptations liées à la chaleur et les effets sont extrêmement bénéfiques. On améliore notamment la capacité à transpirer, la thermorégulation et l'apport d'oxygène aux muscles» explique Jonas Darbellay, préparateur physique à Hirslanden Clinique la Colline.

Les experts rappellent toutefois que ces adaptations nécessitent des conditions précises: des températures supérieures à 28 degrés, des séances régulières deux à trois fois par semaine et plusieurs semaines d'exposition pour observer de réels bénéfices. Une stratégie qui demande autant de rigueur que de prudence.

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