La nouvelle vie sur glace de Peter de Cruz
C’est au Curling Club Trois-Chêne, à Thônex, que Peter De Cruz nous accueille. Sur la glace qu’il connaît par cœur, l’ancien curleur professionnel a troqué les pierres de la compétition pour un rôle plus discret: celui de manager du club.
Depuis trois ans et demi, Peter De Cruz travaille au sein du club qui l’a vu évoluer. Recruté par le comité peu après la fin de sa carrière, il a accompagné une transition parfois délicate, celle qui mène du statut de sportif de haut niveau à celui de professionnel du monde associatif.
«Le club se professionnalise, notamment grâce au soutien du canton, et notre rôle est de s’assurer que toutes les activités se déroulent bien sur l’année, explique-t-il. Administration, coordination, soutien au comité : le poste est exigeant, notamment parce qu’il repose en grande partie sur le travail de bénévoles. «Ce n’est pas toujours évident, mais c’est aussi très formateur.»
Un professeur de luxe
Avant de replonger dans les souvenirs de sa carrière, place à une initiation au curling. Balai à la main, les premières glissades rappellent une évidence : le curling n’est pas un sport si simple qu’il en a l’air. Peter De Cruz sourit, conseille, corrige les appuis. La transmission est instinctive.
Depuis l’arrêt de la compétition en 2022, après les Jeux olympiques de Pékin, le manque se fait parfois sentir. Mais pas forcément là où on l’attend. «Ce qui me manque le plus, ce n’est pas la pression ou la compétition en tant que telle, mais le jeu. Jouer avec les amis, la tactique, les situations intéressantes.», explique Peter de Cruz.
Une fin de cycle logique
La décision de s’arrêter n’a pas été prise sur un coup de tête. Elle était déjà en réflexion dès la fin des Jeux de Pyeongchang en 2018, où l’équipe suisse avait décroché une médaille olympique. Le cycle de Pékin, marqué par la pandémie, a fini de convaincre le groupe.
«Cette période a été lourde mentalement, développe-t-il. Le curling est un sport très social, et tout cela avait disparu. Ça devenait presque un travail plus qu’un plaisir. C’était le bon moment pour arrêter.»
Un regard bienveillant sur la “Dream Team”
La moitié de l’équipe a pourtant choisi de continuer l’aventure, à l'instar de Benoît Schwarz-van Berkel et Sven Michel. Peter De Cruz observe aujourd’hui leurs performances avec beaucoup de respect. «Ils ont réussi à se relancer, à intégrer de nouveaux joueurs très motivés, et à construire une équipe extrêmement solide.»
Finales mondiales, européennes, confrontations avec l’élite : il ne manque, selon lui, qu’un dernier déclic. «Les chances de médaille sont très bonnes. Pour l’or, il faut que tout s’aligne, mais c’est possible. Pourquoi pas à Cortina.»
Les contacts avec ses anciens coéquipiers restent réguliers, amicaux, sans volonté d’ingérence. «Je suis impressionné par leur capacité à gérer l’équilibre entre vie privée, vie professionnelle et sport de haut niveau.»
Pas de regrets, seulement de la fierté
Malgré une carrière riche en podiums, un titre majeur manque au palmarès. Un regret ? « Non. Bien sûr, il y a toujours deux ou trois matchs qu’on aimerait rejouer, mais quand on regarde le parcours globalement, on est fiers.», analyse Peter de Cruz.
Cette fierté se double aujourd’hui d’un plaisir sincère à voir l’équipe poursuivre sur cette lancée. «Il manque juste une dernière médaille d’or pour compléter la collection. »
Les souvenirs les plus précieux
Lorsqu’on lui demande ce qu’il retient de plus marquant après plus de vingt ans de curling au plus haut niveau, la réponse surprend. «Ce ne sont pas les podiums ou les cérémonies. Ce sont les coulisses.»
Les chambres d’hôtel partagées au Canada, les budgets serrés, les repas improvisés, les débuts loin des projecteurs. «C’est ce voyage vers l’élite mondiale, fait de sacrifices et de solidarité. Ce sont ces souvenirs-là qui reviennent le plus souvent.», raconte l'ancien curleur professionnel.