Le padel suisse s'enlise dans une guerre de fédérations
En pleine expansion, le padel suisse traverse une crise institutionnelle. L’équipe masculine emmenée par le Genevois Kilian Jordan a été privée des qualifications pour les Championnats du monde, sur fond de conflit entre Swiss Padel et Swiss Tennis Padel.
Le contraste est saisissant. Cette semaine à Madrid, l’équipe féminine de la Genevoise Gaëlle Rey dispute les qualifications pour les Championnats du monde. Chez les hommes, Kilian Jordan et ses coéquipiers sont restés à la maison. Pourtant, leur participation avait dans un premier temps été confirmée par la Fédération internationale de padel (FIP), avant que celle-ci ne revienne sur sa décision.
«On a eu une première confirmation de la FIP. Pour nous, ça a été beaucoup d’excitation, un sentiment de justice également», raconte Kilian Jordan. Quelques jours plus tard, l’équipe apprend qu’elle n’est finalement plus éligible. «On avait aussi réservé nos billets d’avion, nos hôtels, organisé avec le coach. Et d’un coup, tout s’effondre...»
Deux fédérations pour un même sport
Cette absence est le dernier épisode d’un conflit qui dure depuis plusieurs mois. D’un côté, Swiss Padel, fondée en 2006 et reconnue par la FIP comme représentante officielle de la discipline en Suisse. De l’autre, Swiss Tennis Padel, qui cherche à réunir les acteurs du padel sous son organisation.
Kilian Jordan et ses coéquipiers en sont convaincus: Swiss Padel n'a plus les capacités de gérer le padel en Suisse. Les joueurs dénoncent notamment la mise à l’écart de joueurs, l'absence de tournois et l’annulation de la dernière assemblée générale. «Notre prise de position, je la considère aujourd’hui comme un sacrifice», explique le numéro un suisse qui s'attendait à prendre le retour de flammes avec son éviction aux qualifications pour le Mondial. Son souhait dorénavant: voir émerger «une seule fédération à la tête du padel en Suisse». Pour lui, le conflit constitue désormais «un frein au développement du padel en Suisse».
Selon nos informations, toutes les propositions formulées par Swiss Tennis Padel ont jusqu’ici été refusées par Swiss Padel. Un accord paraît donc de plus en plus difficile à trouver.
«L’idée, c’était de trouver une solution à l’amiable, mais les personnes présentes n’ont pas pu s’entendre», explique Matthieu Amgwerd, responsable du padel chez Swiss Tennis Padel. Il n’exclut désormais pas le recours à des procédures juridiques, avec le risque de voir la situation s’enliser.
Guerre de pouvoir
Derrière ce blocage semblent se trouver un conflit de pouvoir et des questions financières. «Combien coûte cette fédération historique pour la racheter? Ce sont des questions difficiles», analyse Jonas Meinecke, champion suisse de padel aux côtés de Kilian Jordan. Il évoque aussi la méfiance de la fédération historique envers Swiss Tennis Padel, accusée par certains d’être davantage intéressée par les enjeux financiers que par la discipline elle-même.
Symbole des difficultés rencontrées par Swiss Padel: sa demande d’adhésion à Swiss Olympic a été refusée à la fin de l’année 2025.
Contacté à plusieurs reprises dans le cadre du reportage, le président de Swiss Padel n’a pas souhaité répondre à nos questions. Par voie de communiqué, la FIP indique suivre la situation, tout en disant respecter l’autonomie des fédérations dans la résolution de leurs conflits internes.
Alors que le nombre de pratiquants et de terrains continue de progresser, le padel suisse doit désormais trouver une issue à sa crise de gouvernance. Pour Kilian Jordan et beaucoup d'autres, l’enjeu dépasse largement sa propre absence des qualifications mondiales: c’est l’avenir de la discipline en Suisse qui se joue.