Sport

Quand l'heure de la retraite sonne, parfois trop tôt

24.01.2024 14h17 Clément Vuagnat

Trois jeunes ex-sportifs témoignent sur leurs fins de carrières

Ils étaient promis à une belle carrière dans leur sport mais avant même l’âge de 25 ans, ils ont décidé de mettre fin à leur parcours professionnels. Lassitude, mauvaises expériences, blessures ou encore changement d’orientation professionnel, trois jeunes retraités reviennent sur leur choix. Entre acceptation et ouverture à de nouveaux horizons, la transition n’est pas toujours simple à gérer.

Trois sportifs, trois histoires de vie et un point commun. Ils ont goûté au monde professionnel mais ont décidé de raccrocher, plus tôt que prévu. En mai dernier, à même pas 25 ans, le basketteur Denzel Tchougang a dit stop. Il se souvient du moment précis où il a pris sa décision. «C'était lors d'un camp en début de saison en France, raconte-t-il. J'ai juste réalisé que j'étais loin de ma femme pendant une semaine, qu'il s'agissait d'un sacrifice que je n'étais pas prêt à faire pour quelque chose qui ne me passionne pas vraiment».

Une expérience américaine peu fructueuse pour Denzel Tchougang

Avec ses 2 mètres 08, l’intérieur était promis à un bel avenir sur les parquets. Denzel Tchougang a tenté sa chance pendant quatre ans en NCAA, le championnat universitaire américain. Mais des blessures à répétition ont entaché son rêve outre-Atlantique. Le retour en Suisse, pour se relancer, à Monthey puis aux Lions de Genève, ne fut pas plus heureux. Il a donc quitté le monde de la balle orange frustré mais en tire des enseignements. 

«J'ai été beaucoup poussé, un peu par ma famille et surtout par mon égo. Des gens conmptaient sur moi pour aller loin dans ce sport donc je ne voulais pas les déçevoir, explique Denzel Tchougang. Mais je me suis entêté là-dedans et je me rends compte aujourd'hui que le parcours est plus important que le résultat. Cela m'a tout de même appris beaucoup sur moi».

Les études de cinéma plutôt que la natation pour Alexandre Haldemann

Lui est maintenant retraité depuis bientôt 7 ans. Le nageur Alexandre Haldemann a connu le bonheur d’une participation aux Jeux Olympiques de Rio, en 2016. Selon ses entraineurs, Alexandre pouvait prétendre faire encore mieux dans les années suivantes. En tentant par exemple de remporter une médaille internationale. Mais au début de l’année 2017, après les championnats de Suisse, il décide de tourner le dos aux bassins. «J'avais besoin de prendre du temps pour moi, pour être avec ma famille, ça a été le moteur principal, développe Alexandre Haldemann. Il y a la fin abrupte puis quelques mois plus tard la prise de conscience de l'arrêt de la carrière».

À 23 ans, Alexandre Haldemann avait fait le tour de son sport. Surtout, il avait l’ambition de se lancer dans des études de cinéma à la HEAD, très chronophages. Il a donc dû faire un choix. «Je me suis posé la question: "ai-je envie de passer autant de temps dans l'eau tous les jours?" Il y a des milieux plus adéquats pour faire ce que j'ai fait, voir des films cela prend du temps».

Une ascension fulgurante puis la frustration pour Martin Liechti

Contrairement à Alexandre Haldemann, Martin Liechti garde lui une certaine amertume de sa fin de carrière. Repéré très tôt comme espoirs du football suisse, il signe au FC Bâle à 16 ans : la voie vers le professionnalisme est toute tracée. Mais rien ne se passe comme prévu. Plusieurs prêts en Challenge League entament sa confiance, son temps de jeu est en-dessous de ses attentes. Il tente de partir à l’étranger mais son expérience en deuxième division grecque est un fiasco. En 2021, écœuré par le monde du football, Martin Liechti tire un trait sur sa carrière professionnelle à l’âge de 23 ans, en signant à Lancy, le club de ses débuts.

«Je n'ai pas eu d'autres opportunités après la Grèce, explique-t-il. J'étais encore jeune (ndlr. 23 ans) et je me suis dit que c'était peut-être le moment opportun pour penser à mon après-carrière. J'adore toujours le football, je vis encore aujourd'hui pour ce sport mais mon temps de jeu très limité les dernières années m'a un peu dégoûté. Les à-côtés aussi ne m'ont pas du tout plu».

Cette fin de carrière abrupte n’a pas porté préjudice à Martin Liechti. Il avait pu, avec l’obtention d’un CFC d’employé de commerce, anticiper son changement de vie. «J'ai eu la chance d'avoir une famille en or. Ils m'ont gardé la tête sur les épaules. Quand ma carrière est allée vers le bas, mon entourage a beaucoup compté pour moi, j'ai essayé de rester le plus positif possible», développe Martin Liechti.

Comment gérer le deuil de la fin de carrière

Des sportifs en fin de carrière, Olivier Schmid en côtoie régulièrement. Ce psychologue du sport et de la performance les accompagne au mieux pour gérer cette transition. Pour lui, on ne prend pas sa retraite sur un coup de tête, peu importe l’âge. C’est un processus au long court dans l’esprit de l’athlète.

«À 25 ans, en tant que professionnel, on a déjà connu beaucoup de choses, et notamment beaucoup d'échecs, explique le spécialiste. C'est la relation à ces échecs qui va influencer le fait de jeter l'éponge. Souvent, une baisse de motivation est la source de l'arrêt».

La fin de carrière s’apparente souvent à un deuil. Pour la gérer dans les meilleures conditions, il faut savoir prendre les devants et combler un manque qui risque de se faire ressentir. «Nous pouvons aider les athlètes à développer une compréhension de leurs compétences. Il faut trouver des activités leur permettant d'utiliser ces compétences ou de revivre, dans une moindre mesure, les émotions qu'ils ont vécu dans leurs carrières de sportifs», précise Olivier Schmidt.

Nos trois sportifs retraités ont aujourd’hui tourné la page du monde professionnel. Les terrains de sport sont désormais loin de leur quotidien. Mais les réussites comme les échecs qu’ils ont connu durant leurs carrières d’athlètes pourraient s’avérer riche en enseignements. Une expérience précieuse pour aborder leurs nouvelles vies.