Crans-Montana: Me Charles Poncet fustige la conduite de l’enquête
L’avocat genevois jette un regard sévère sur la conduite de l’enquête pénale après le drame de Crans-Montana. Il pointe des erreurs, un manque d’expérience et plaide pour une solution extraordinaire afin d’éviter des années de procédures et de critiques internationales.
Voilà bientôt un mois que 40 jeunes sont morts dans le drame de Crans-Montana. Les critiques visant la justice valaisanne dépassent aujourd’hui les frontières suisses. En cause notamment, la remise en liberté sous caution des Moretti qui a suscité une vive émotion en particulier en Italie.
Pour Maître Charles Poncet, le principe de la caution n’est pourtant pas en soi contestable. Elle vise uniquement à prévenir le risque de fuite, pas le risque collusion. «C’est-à-dire le fait qu’un prévenu en liberté puisse arranger les preuves ou parler avec des témoins», rappelle-t-il.
L’avocat estime en revanche que la libération de M. Moretti est intervenue trop tôt. «L’avoir remis en liberté avant que les audiences permettant de le confronter avec les responsables de la sécurité, de la commune et du canton, ça a été une erreur.» Selon lui, le Ministère public valaisan a fait preuve «d’inexpérience et de hâte».
Des preuves perdues et des rumeurs
Charles Poncet dresse une liste de manquements dès les premières heures après l’incendie. Absence de perquisitions rapides, saisies tardives, auditions à chaud non menées, voire autopsies non réalisées pour certaines victimes: «Ce sont des choses élémentaires dans une enquête pénale», regrette-t-il, tout en reconnaissant le caractère de la situation: «À la décharge de nos amis valaisans, c’est une situation tout à fait exceptionnelle et tout le monde n’est pas Rudy Giuliani (ancien maire de New York, NDLR.) lors du 11 septembre donc il y a des gens qui réagissent plus ou moins bien lors des situations d’urgence. […] Je ne vois pas comment en Suisse cette enquête aurait pu être menée.»
La disparition d’images de vidéosurveillance avant et après le drame, relevée par la NZZ, alimente encore les doutes. «Il y a toute une litanie de choses qui auraient pu et dû être faites si le travail avait été fait correctement», commente l’avocat. Cette accumulation nourrit des rumeurs, notamment autour d’un possible traitement de faveur lié aux relations entre les prévenus et la commune. «On ne peut pas éviter ce genre de conséquences, c’est ce qui s’est produit avec cette rumeur», observe Charles Poncet.
L’arbitrage, la solution?
Sur le fond, il distingue clairement responsabilité pénale et civile. La première aboutit souvent, d'après lui, tardivement à des condamnations «modérées» avec sursis. La seconde, en revanche, expose l’opérateur, la commune et le canton à une longue chaîne de responsabilités. «Si on laisse ce débat civil à la justice valaisanne, ça va prendre au moins 10 ans, avec tout un torrent d’injures contre la justice», prévient-il.
Pour sortir de l’impasse, Me Charles Poncet avance des solutions radicales. Il plaide pour la nomination d’un procureur extraordinaire, éventuellement étranger, afin de restaurer la confiance. Il suggère aussi un arbitrage international entre les parties, sous l’égide d’institutions reconnues comme le Swiss Arbitration Center ou la Cour d’arbitrage de La Haye.