Drame du Constellation: Crans-Montana reconnaît un manquement dans les contrôles
Le dernier contrôle du bar Le Constellation, ravagé par les flammes à Crans-Montana, a eu lieu en 2019. Le Conseil communal dit le «regretter amèrement», évoquant un "manquement aux contrôles périodiques sur la période 2020-2025", soit durant six ans.
Samedi, les autorités de Crans-Montana avaient remis 60 ans d’archives communales. Selon la commune, leur analyse a permis de constater un manquement aux contrôles périodiques de cet établissement.
«Il y a eu négligence de l'exploitant du bar (...). Il y avait une culture du risque inconsidérée dépassant les contrôles effectués, a déclaré mardi devant les médias à Crans-Montana Nicolas Féraud, le président de la commune. Cela a mis en danger la clientèle et le personnel», a-t-il affirmé.
Selon les autorités locales, des contrôles (y compris les normes incendies) ont été réalisés en 2016, 2018 et 2019, avec des demandes spécifiques de modifications pour respecter les normes. Ensuite? Plus rien. «On ne s'explique pas pourquoi ces contrôles n'ont pas été effectués», a avoué l'élu.
40 établissements publics contrôlés sur 128
«La justice dira l'influence qu'a eue un tel manquement dans la chaîne de causalité ayant conduit au drame», a encore souligné le président. La commune dit encore qu'elle «assumera toute la responsabilité que la justice déterminera». Elle «continuera d'entreprendre tout ce qui est en ses moyens pour que pareille tragédie ne se reproduise pas».
La commune dit avoir effectué 1430 contrôles en protection incendie, dont 113 visites périodiques, l’an dernier. Quarante ont concerné des établissements publics. Ceux-ci sont au nombre de 128 à Crans-Montana.
Position revisitée
Le 1er janvier, Nicolas Féraud avait estimé «qu'il n'y a pas eu de laxisme de la commune». Désormais, je ne peux pas maintenir cela», a-t-il admis, mardi. «Si nous avions eu connaissance de problèmes, nous aurions procédé aux mesures nécessaires». Selon lui, les contrôleurs de sécurité de la commune «auraient dû faire un peu plus attention à la mousse» isolante recouvrant le plafond du bar. A ce stade, «nous n'avons pas d'explication» pour cette absence de contrôle et ces manquements.
Selon la commune de Crans-Montana, Le Constellation comptait deux sorties de secours (une au rez-de-chaussée, l'autre à l'étage inférieur) et pouvait accueillir 100 personnes par étage. Aujourd'hui, personne n'est en capacité de définir le nombre de présents au moment du drame.
Premières mesures décidées
Nicolas Féraud a estimé que le Service de sécurité de la commune, composé de cinq personnes, dont trois personnes assermentées pour effectuer des contrôles, n'avait «jamais reçu d'alerte» s'agissant de problèmes dans le bar. Selon les responsables de la commune, un seul extincteur suffisait pour ce type d'établissement et sa taille. Il n'y avait, a leur connaissance, pas de système d'alarme dans le bar, n'étant pas nécessaire pour ce type de bar, ont-ils ajouté.
A la suite de l’incendie du 1er de l’an, la commune de Crans-Montana a décidé de mandater un bureau externe spécialisé afin de procéder au contrôle de tous les établissements publics. Elle a également prononcé une interdiction des engins pyrotechniques utilisés à l’intérieur. «Au vu des conditions actuelles et personnelles des gérants, nous avons également exigé la fermeture de leur second établissement», a précisé l'homme politique.
Pas de démission du président
«J’ai vécu cette semaine d’une façon très difficile. Je porterai ce fardeau de toutes ses familles toute la vie», a avoué Nicolas Féraud, qui n’a pas présenté d’excuses au nom de la commune, malgré l’insistance de plusieurs journalistes italiens. «Nous avons fait, je crois, ce que nous devions. Nous avons dit plusieurs fois notre tristesse».
Ces mêmes journalistes l'ont questionné sur une éventuelle et immédiate démission: «Nous avons été élus par le peuple, on ne quitte pas un navire au milieu de la tempête, on assume», a-t-il répondu à plusieurs reprises.
La commune de Crans-Montana a choisi de se porter partie civile, «tant au pénal qu'au civil, pour avoir accès au dossier, afin d'aider au maximum à l'enquête», a rappelé Nicolas Féraud. «La commune s'estime victime», a-t-il ajouté, Le Ministère public valaisan (MP) doit encore statuer sur la question. Samedi, les autorités avaient remis au MP, 60 documents d’archives communales, couvrant une période de 60 ans et en lien avec le bar Le Constellation.
«La tentative de la commune de se porter partie plaignante doit être rejetée»
Avocat de familles de victimes, Me Romain Jordan a réagi à cette conférence de presse: «On aurait aimer entendre des excuses, a fortiori cinq jours après les faits. Mes clients notent l’effort de transparence de la commune mais ont pris connaissance avec consternation des informations communiquées lors de la conférence de presse. La quantité effarante des manquements et lacunes dans les contrôles pose avec d’autant plus d’urgence la question de la mise sous enquête de la commune. Il est évident que la tentative de la commune de se porter partie plaignante doit être rejetée avec force et sans délai. [...] La commune et l’ensemble des autorités doivent assumer pleinement leurs responsabilités. Que la commune cherche à se présenter en victime revient à dépouiller les vraies victimes de cette tragédie de leur statut, ce qui est inacceptable dans ces circonstances dramatiques.» Il appelle également à ce que les contrôles soient étendus à tous les établissements: «Le risque qu’un drame se reproduise hante les familles.»