À 13 ans, ce réfugié ukrainien fait vivre sa famille en vendant des biscuits
Daniil est un visage connu à Carouge et aux Eaux-Vives. À 13 ans, ce jeune réfugié ukrainien a créé une véritable petite entreprise familiale de fabrication et vente de biscuits. Après l’école, il offre ses délices sucrés sur les terrasses. Cette activité permet à la famille d’en vivre. Portrait.
Daniil, 13 ans, réfugié ukrainien, élève au cycle d’orientation et vendeur de biscuits sur les terrasses des restaurants: l’histoire est peu banale. Après l’école, l’adolescent vend les friandises confectionnées chaque jour à domicile par ses parents, qui gèrent aussi les réseaux sociaux et font les marchés et les festivals. Depuis deux ans, l’affaire tourne de mieux en mieux: le jeune garçon écoule 600 paquets par mois, après l’école.
Arrivés en 2022 d’Ukraine, Anastasiia et Artem Taran ainsi que leurs deux enfants s’installent à Carouge. Ils obtiennent le permis S, Daniil apprend rapidement le français et intègre l’école primaire. L’idée du projet germe dans la tête du gamin en observant des étudiants vendre des gâteaux pour les voyages d’étude. Il s’y met aussi, puis demande à un restaurateur du coin s’il peut aborder ses clients: «Il m'a dit oui, j'ai essayé, et ensuite ça s’est fait tout seul. On a fait une page Instagram, on a fait une page TikTok. On a fait un peu tout. C'est mon père qui filme. J'ai quelques petites vidéos. J'ai une vidéo qui est à 9000 vues. J'ai fait ça pour la Coupe du Monde.»
«En août 2025, on a pu sortir de l'Hospice général»
Lorsque Daniil commence à vendre des biscuits, il a 12 ans et rêve de vivre comme tous ses camarades de classe. Mais il lui faut de l’argent de poche, pour un ordinateur d’abord, puis une croisière, un Lego Star Wars, ainsi que de nouveaux iPhone pour ses grands-parents à l’occasion de leurs 50 ans de mariage. Avec autant d’objectifs réalisés, il ne compte pas s’arrêter là: «J'économise maintenant pour mon argent de poche et pour aller à Legoland. Parce que j'ai toujours entendu parler de Legoland quand j'étais petit et j'ai toujours rêvé d'y aller.»
La famille tire du commerce de biscuits un revenu de 4000 francs par mois. Conséquence heureuse de cette débrouillardise: les Taran ont pu sortir de l’Hospice générale. Avec un appoint supplémentaire d’Anastasiia, la maman, qui effectue aussi des heures comme nounou, ces réfugiés permis S tournent sans aide sociale. À son âge, Daniil semble connaître tous les détails administratifs par cœur: il se souvient que ses parents ont pu renoncer à l’aide sociale en août 2025. Sa vie, il ne la conçoit plus en Ukraine: «On n'a plus rien qui nous reste là-bas. Ça ne sert presque à rien d’y retourner.»
«Quand j'ai commencé, j'avais des buts. Je les réalise. Après, je trouve un nouveau but. Je le réalise aussi. Ça peut continuer à l'infini»
Malgré sa détermination à s’en sortir, la famille sait qu’elle est soumise à de nombreux règlements. Les différents services de l’État n’ont plus de secrets pour l’adolescent. Il énumère les démarches qu’il a entreprises pour avoir le droit de vendre leur production maison: Avec mon père, je suis allé à l’OCIRT (Office cantonal de l’inspection et des relations du travail), au SCAV (Service de la consommation et des affaires vétérinaires) pour les produits et matières premières que nous utilisons, au SPMI (Service de protection des mineurs) et à la police municipale. On a encore été au poste de Carouge. Ils nous ont aussi dit que c'est OK.»
Les vacances seront commerçantes, mais avec entrain. Daniil aura concrétisé ses premiers rêves sur des terrasses genevoises. Les suivants le conduiront sans doute bien au-delà: «Je n'ai pas encore de limites parce que quand j'ai commencé, j'avais des buts. Je les réalise. Après, je trouve un nouveau but. Je le réalise aussi. Ça peut continuer à l'infini.»