Genève

À Genève, des vendanges précoces mais des viticulteurs à genoux

14.08.2026 17h10 Delphine Palma

viticulteur

Les vendanges devraient débuter avec près d’une semaine d’avance à Genève. Mais malgré des raisins qui s’annoncent de qualité, l’ambiance est morose dans le vignoble. Caves encore pleines, débouchés en berne et prix sous pression poussent certains producteurs à réduire leur récolte. Des décisions fortes sont attendues à Berne. 

Les vendanges auront cette année un goût un peu amer pour Sandrine Bersier. Ce printemps, la viticultrice a dû se résoudre à arracher des vignes et à sacrifier des grappes avant maturité.

Un nouveau coup dur est tombé il y a quinze jours: le viticulteur qui lui louait des vignes rendra les parcelles après les vendanges. Des surfaces supplémentaires à reprendre alors que Sandrine Bersier est contrainte de réduire sa taile de production pour s'en sortir. «J’ai surtout réduit la production pour ce qui est du vrac, où je sais que je n’aurai pas de contrat ni la possibilité de vendre. Plutôt que de produire, que cela me coûte et de laisser le raisin à la vigne, j’ai préféré arracher des vignes pour me concentrer sur ce que je vais pouvoir valoriser en bouteille et vendre à ma clientèle privée», explique-t-elle.

Des caves encore pleines du millésime 2025

Dans les vignes pourtant, le millésime s’annonce prometteur. Un immense paradoxe: même avec de très bons raisins, de nombreux viticulteurs sont aujourd’hui pris à la gorge, contraints de vendre à des prix qui ne couvrent plus leurs coûts. Cet été, la chute du prix du moût est encore venue assombrir le tableau. À la tête du Groupement genevois des Métiers de la vigne et du vin, Lionel Dugerdil décrit une profession en plein désarroi. «C’est la déprime complète» s'exclame-t-il. «On a une bonne partie du millésime 2025 qui est en cave et qui n’a pas trouvé preneur. Et maintenant, on va arriver avec un millésime 2026 où certains n’ont même pas la place de l’encaver et ne savent pas où ils vont mettre leurs raisins.»

Selon lui, certains producteurs n’ont même «plus le courage d’aller vendanger certaines parcelles» faute de savoir quoi faire du raisin et du vin qui viendrait encore remplir leurs caves.

La profession attend une réponse de Berne

Baisse de la consommation de vin, concurrence étrangère: les causes de la crise sont connues. Mais face à son ampleur, la profession réclame des mesures fortes.  «On doit mettre en marché au moins un tiers de vin suisse pour pouvoir importer deux tiers de vins étrangers», explique Lionel Dugerdil, qui souhaite une révision de la règle des contingents afin de soutenir davantage la production locale.

Et le temps presse. Avec les chaleurs de ces derniers mois, les premières grappes destinées aux mousseux sont presque à point. Les vendanges pourraient ainsi commencer avec près d’une semaine d’avance sur l’an dernier, qui était déjà une année particulièrement précoce. Une vendange 2026 décidément bien déroutante.