Genève

À Thônex, l’insécurité est sur toutes les lèvres

13.10.2026 18h41 Laure Lugon, Martin Esposito

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Les habitants inquiets lancent une pétition. La fermeture nocturne de la douane de Fossard est aussi sur la table.

Depuis quelques semaines, la cour de récréation de cette école thônésienne a changé de visage: «À la fin du mois d'août, nous sommes partis en activité, raconte Loriana Padilla, animatrice parascolaire à l’école du Bois des arts. On avait des jeunes un peu bizarres qui se promenaient autour de l'école. Et en revenant de l'activité, mon vélo avait été volé.»

Loriana Padilla aurait identifié le voleur, connu en France voisine. Une photo de lui a été prise par des habitants qui partagent leurs clichés et préoccupations via des groupes WhatsApp, de part et d’autre de la frontière. «C'est un quartier où à peu près tout le monde qui connaît, se dit bonjour, poursuit l’animatrice. C'est assez sympa en règle générale. Et maintenant, on a de plus en plus d'inconnus et de jeunes qui traînent. Ça arrive de plus en plus souvent dans le quartier. Il y a beaucoup de vols, beaucoup d'agressions et c'est de pire en pire.»

«J'observe les jeunes qui sont de l'autre côté et traversent le Foron»

La frontière est poreuse et la violence observée à Annemasse et à Gaillard passe désormais la douane. Les délinquants profitent ici du Foron. Un passage à gué facilite même la traversée, de quoi inquiéter cette habitante sur son balcon: «J'observe les jeunes qui sont de l'autre côté et traversent le Foron. Moi, je les vois traverser tous les jours. Tous les jours, ils viennent dans le parc, ils fument des joints. Je les vois même parfois cachés des trucs dans les haies. Non, je ne me sens pas du tout en sécurité. Ça fait peur.»

«C'est essentiel qu'on considère la fermeture des petites douanes en horaires nocturnes comme un outil important»

Et si la solution venait de la fermeture nocturne des petites douanes? L’UDC a déposé une Question écrite au Conseil administratif en ce sens. Elle doit être traitée ce soir. Le conseiller administratif Bruno Da Silva y est favorable, estimant que les petites douanes ne sont pas que des leviers de mobilité, mais aussi de sécurité. Et que le canton l’ignore toujours: «Je pense que c'est essentiel qu'on considère la fermeture des petites douanes en horaires nocturnes comme un outil important. On ne peut pas nous dire constamment qu'on manque d'effectifs cantonaux à mettre sur le terrain et en même temps ne pas prendre des mesures structurelles qui permettraient d'affecter ces effectifs là où ils sont prioritaires. Il faut aussi s’occuper du Foron: on parle depuis longtemps de travailler sur le réaménagement de ses berges pour permettre d'endiguer ces traversées illicites en tout temps.»

«Si les communes ont des polices municipales, ce n'est pas parce que le maire a tout d'un coup voulu devenir shérif»

Les quartiers proches de la frontière connaissent une hausse importante des vols à l’arraché – montres et bijoux – et autres larcins, comme ailleurs dans le canton. Mais ici, les habitants ont lancé une pétition, forte de 450 signatures, portée par l’UDC qui capitalise sur les thèmes sécuritaires. Elle demande notamment aux autorités communales et cantonales une présence policière accrue ainsi qu’une meilleure coordination entre les polices municipales des communes de Thônex et des Trois-Chêne, la police cantonale et l’Office fédéral de la douane et de la sécurité des frontières. Conseiller municipal UDC, Stephen Knörr estime que la balle est dans le camp du canton: «La situation s'est vraiment péjorée ces derniers mois. Heureusement, il y a une bonne collaboration entre la France et la Suisse pour le moment. Mais en France, le maire a demandé des renforts et va les obtenir. À Genève, où voulez-vous les trouver? Il n'y a pas assez de policiers. Si les communes ont des polices municipales, ce n'est pas parce que le maire a tout d'un coup voulu devenir shérif, c'est parce qu'il y a une carence au niveau du canton.»

Thônex prévoit d’engager davantage d’agents de police municipale jusqu’en 2030. Mais reste la question du transfert de compétences. La commune demande à pouvoir utiliser les cellules de rétention qui existent dans les locaux de la police municipale sans qu’elle puisse en faire usage, une concertation sur un déploiement coordonné de la vidéosurveillance et un renforcement des compétences de police municipale. «On a besoin d'avancer et ce sont des décisions politiques qui doivent être prises sur une meilleure répartition des tâches pour faire face à ce manque d'effectifs, estime Bruno Da Silva. Il faut pouvoir faire face aussi aux problématiques de terrain que subissent ces agents. Ce n'est pas normal d'avoir des agents de terrain en si petit nombre plongés dans un tel souci quotidien.»

En attendant, les communes excentrées comme la sienne souffrent particulièrement. Même si l’insécurité est un phénomène cantonal, en expansion.