Affaire de la caméra au Grand Théâtre: un suspect arrêté
Un employé de la Ville de Genève, rattaché au Grand Théâtre, a été interpellé et son domicile perquisitionné, a appris Léman Bleu. Il est soupçonné d’avoir installé les caméras découvertes dans les vestiaires du personnel en 2014 et en 2025. Des images déterminantes pour l’enquête ont été saisies. Il est actuellement suspendu sans traitement.
C'est un développement majeur dans l'affaire de la caméra cachée du Grand Théâtre. Selon les informations de Léman Bleu, un employé de la Ville de Genève, rattaché au service technique de l’institution, a été arrêté et son domicile perquisitionné.
Les enquêteurs y ont saisi du matériel informatique et des images qui proviendraient de la fameuse caméra. On ignore si l’homme, présumé innocent, a été placé en détention. Une vingtaine de victimes présumées figurent à la procédure.
Selon nos informations, l’individu est également soupçonné d’avoir posé une caméra similaire en 2014. L’enquête ouverte à l’époque n’avait pas abouti et les faits pourraient être aujourd’hui prescrits.
«Nos premières pensées vont à nos collaboratrices concernées»
Contacté par Léman Bleu, le Grand Théâtre prend acte d’une avancée «qu'il attendait depuis la découverte de la caméra». «Nos premières pensées vont à nos collaboratrices concernées: cette étape répond à leur besoin légitime de vérité, que nous partageons pleinement», indique l'institution, qui ne fait aucun commentaire sur la personne mise en cause et renvoie aux autorités pénales.
Si les parties plaignantes ont été informées de ces développements par la voie de la procédure, l’ensemble du personnel sera prochainement avisé de l’avancée de l’enquête par la direction. Le Grand Théâtre explique avoir «sollicité le Ministère public afin de déterminer ce qui peut être communiqué sans nuire à l’enquête.»
Dans la foulée des mesures prises au printemps 2025, la maison lyrique annonce également à Léman Bleu son intention de «déplacer le vestiaire concerné» lorsque les équipes réintégreront le bâtiment. Le Grand Théâtre est actuellement délocalisé au BFM le temps de travaux sur la machinerie. Par ailleurs, l’institution prévoit l’accompagnement des prochaines productions par «des coordinatrices et coordinateurs d’intimité.»
Tempête à l’opéra
Au cœur de la tourmente, une affaire de caméra retrouvée dans un vestiaire femmes, dissimulée au plafond d'une douche pour filmer des employées à leur insu. Dès cette sordide découverte, l'institution alerte la police et informe ses collaboratrices. Suivent une série de plaintes pénales, déposées tant par la Ville de Genève que par la maison lyrique. L’histoire connaît un important retentissement médiatique à travers plusieurs articles de la Tribune de Genève.
L’événement, traumatisme pour les équipes, conduit l'institution à prendre une série de mesures «élaborées avec la commission du personnel et les syndicats»: soutien psychologique, badges nominatifs pour accéder aux vestiaires, contrôles réguliers des locaux, campagne de prévention ou encore formations internes obligatoires.
Le spectre de 2014
Mais l’affaire de 2025 en révèle une autre. Dix ans plus tôt, une caméra similaire est déjà découverte dans le vestiaire des danseuses, sans que le personnel n’en soit jamais informé. Selon la Tribune de Genève, l’information aurait été gardée confidentielle à la demande des enquêteurs de l’époque. Le Grand Théâtre est alors présidé par Lorella Bertani et dirigé par Tobias Richter.
Ce silence, dénoncé par les syndicats et une partie du personnel, reste au cœur des critiques adressées à l’institution.
Des regrets exprimés pour la première fois
Désormais présidé par Xavier Oberson et dirigé par Alain Perroux, le Grand Théâtre tient à exprimer ses regrets: «Nous regrettons que les personnes concernées à l'époque n'aient été ni informées ni accompagnées.»
Les responsables actuels disent avoir découvert ce précédent ce printemps, en même temps que le personnel, et ne pas pouvoir expliquer «des décisions auxquelles ils n'ont pas participé». «La manière dont le Grand Théâtre a agi en 2025 - information du personnel, dénonciation immédiate, mesures de protection - correspond au standard qui s'applique désormais», relèvent-ils.
Appel à témoins
L’institution, qui brandit «la tolérance zéro envers toute forme d'atteinte à la personnalité», attend aussi de l’instruction qu’elle puisse établir ce qui s’est passé en 2014, quand bien même les faits pourraient être prescrits.
À ce titre, un appel est lancé par la maison lyrique: «les personnes ayant travaillé ou auditionné au Grand Théâtre à l'époque des faits de 2014 peuvent s'annoncer auprès de l'institution: chacune sera écoutée et sa situation examinée avec attention.»