Alain Délétroz: «On vit un moment sombre pour la Genève humanitaire»
L’«Appel de Genève» célèbre 25 ans d'aide humanitaire. son directeur général Alain Délétroz tire un constat alarmant. Face aux crises répétées, il plaide pour maintenir l’autorité du droit international humanitaire et le rôle de Genève comme capitale des droits humains.
Voilà 25 ans que l’Appel de Genève œuvre pour la protection des civils dans les zones de guerre. Son directeur général Alain Délétroz rappelle la mission de l’organisation: dialoguer avec des groupes armés pour les amener à respecter les Conventions de Genève.
Le directeur constate une évolution paradoxale. «Les groupes armés que nous accompagnons se comportent souvent mieux que les grandes armées nationales en guerre. Et ça, c’est un drame», affirme-t-il, citant les exemples de Gaza, de l’Ukraine ou du Soudan.
Pour lui, la crédibilité du droit international est en danger: «Quand ces groupes voient que les États signataires des Conventions ne les respectent pas, ils nous disent: pourquoi nous devrions le faire?»
Un avenir incertain pour la Genève humanitaire
Alain Délétroz alerte aussi sur la situation de la Genève humanitaire: «On est actuellement dans un moment sombre. Les coupes budgétaires, notamment de la part des États-Unis, ont eu des conséquences très graves pour les populations tenues à bout de bras par les acteurs humanitaires».
Il souligne enfin les difficultés pratiques rencontrées par son organisation: «Il devient de plus en plus difficile d’obtenir des visas pour nos interlocuteurs. Je profite de nos 25 ans pour lancer un appel à Monsieur Cassis: il est très important que les visas humanitaires soient traités autrement que sous le seul prisme migratoire».
Pour l’avenir, l’Appel de Genève compte poursuivre son travail de terrain avec plus de 200 groupes armés engagés dans le monde. Malgré les difficultés financières et politiques, Alain Délétroz veut croire en la force du dialogue. Mais il prévient: sans soutien clair des États et sans Genève forte sur la scène internationale, le droit humanitaire risque de s’effriter, au détriment des populations civiles.