Genève

Alberto Velasco: «La mort de Franco, ça a été une fête»

20.11.2025 18h41 Denis PALMA

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Le 20 novembre 1975, il y a tout juste cinquante ans, le général Francisco Franco s’éteignait, mettant fin à près de quarante années de dictature en Espagne. D’origine espagnole, le député socialiste Alberto Velasco revient sur cette période troublée de l’histoire de son pays. Amanda Gavilanes, ancienne députée socialiste et conseillère municipale à Chêne-Bougeries, témoigne quant à elle de l’héritage toujours présent du franquisme. 

Le 20 novembre 1975, c’est le Premier ministre espagnol Carlos Arias Navarro qui annonce solennellement la mort du dictateur: «Espagnols, Franco est mort.» Le visage grave, il met fin à une ère longue de trente-six ans.

Pour de nombreux exilés ou enfants d’exilés, ce jour-là marque un tournant historique. D'origine espagnole, le député PS Alberto Velasco, lui, parle d’une véritable délivrance. «C’était comme la fin de la guerre en 1945 en France. On se disait : maintenant, on sera libres de parler. L’Espagne sera enfin comme tout le monde. Je me souviens que dans un bistrot, ici, avec des amis, on avait ouvert le champagne. C’était une fête.»

Militantisme clandestin et peur permanente

Dans les années 1960, Alberto Velasco partage sa vie entre la Suisse et Bilbao, au Pays basque. Militant communiste, il franchit régulièrement la frontière, dissimulant des journaux clandestins comme Le Monde ouvrier.

Il raconte une anecdote marquante: «J’avais deux journaux communistes dans ma poche, dans un train pour Guernica. La Garde civile commence une fouille. S’ils me trouvent avec ça, je suis fichu. Alors je suis allé aux toilettes et je les ai mangés. Les feuilles étaient fines. Je les ai mangés, oui.»

Une mémoire familiale marquée par la peur

La famille d’Amanda Gavilanes est originaire d’un petit village de Catalogne. Ses grands-parents ont vécu la guerre civile puis la dictature. Leur quotidien était empreint de peur et de méfiance.

«Après la guerre, leurs voisins appelaient la Guardia Civil pour les dénoncer. Je les ai entendus parler catalan, raconter des épisodes d’alors… mais ils vivaient avec la suspicion, sous le regard d’un voisinage qui ne leur avait jamais pardonné d’avoir été du mauvais côté.»

Une transition démocratique sans introspection

Pour Amanda Gavilanes, la transition démocratique de 1975 n’a pas permis de solder le passé. «On a amnistié tout le monde. On a enterré ce qui s’était passé. Pendant des décennies, les victimes vivaient à côté de leurs bourreaux. On ne parlait ni des fosses communes, ni des enfants enlevés à leurs mères pour être élevés dans l’idéologie franquiste. C’est seulement au début des années 2000 que l’Espagne a commencé à ouvrir cette boîte de Pandore. Aujourd’hui, la société accepte davantage les zones d’ombre de son histoire. »

Une mémoire disputée

Cinquant ans après la mort de Franco, la question du passé franquiste continue de diviser. Certains partis, notamment à l’extrême droite, s’emploient encore à minimiser les crimes du régime, vantant au contraire la stabilité ou la croissance économique de l’époque. Un phénomène qui trouve un écho dans la jeunesse: selon un sondage récent, près de 20 % des Espagnols de 18 à 24 ans portent un regard positif sur la dictature franquiste.