Amherd appelle le monde à suivre « l'esprit » collaboratif du CERN
La présidente de la Confédération Viola Amherd demande au monde de répliquer la collaboration observée au CERN à Meyrin (GE).
Photo: KEYSTONE/SALVATORE DI NOLFILa Suisse et des dizaines de pays ont honoré les 70 ans du CERN à Meyrin (GE), appelant le monde à s'inspirer de "l'esprit" de l'organisation. La présidente de la Confédération Viola Amherd a promis que Berne fera tout pour que celle-ci avance "au mieux à long terme".
Le CERN constitue "un très bon exemple des succès qu'obtiennent les Etats qui ne travaillent pas les uns contre les autres, mais ensemble", a-t-elle dit mardi devant plusieurs chefs d'Etat et de gouvernement. L'organisation n'est toutefois pas exempte de tensions politiques, étant donné que la collaboration avec la Russie a été suspendue et que près de 500 scientifiques de ce pays ne pourront plus oeuvrer avec elle dès début décembre.
Il y a quelques mois, leurs homologues bélarusses avaient déjà subi une décision similaire. Au début du conflit en Ukraine, le conseiller fédéral Ignazio Cassis avait estimé plus largement que la science ne devait pas faire l'objet de sanctions.
Selon Mme Amherd, le CERN est aussi à "l'opposé" de la désinformation observée actuellement, en faisant avancer la science par des efforts menés entre de nombreux Etats européens. Et les avancées obtenues, comme l'Internet, peuvent être utilisées par le monde entier, ajoute encore la présidente. Elle a également salué la collaboration avec la France, autre Etat hôte qui n'a toutefois pas envoyé de figure politique de premier plan à la cérémonie.
Le Parlement vient lui de revoir une loi qui permettra à la Confédération d'approuver les projets de constructions du CERN, notamment sur le futur collisionneur. Un partage des compétences est prévu avec le canton de Genève.
Von der Leyen à l'offensive
Parmi les personnalités présentes mardi, tous les discours ont salué l'unité que le CERN relaie vers le monde entier. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, avec laquelle Mme Amherd a abordé mardi les négociations entre la Suisse et l'UE, a rendu hommage à la "poignée" de personnes qui ont ramené la science en Europe il y a 70 ans. Désormais, "presque chaque scientifique veut travailler au CERN", ajoute-t-elle.
Mais elle a mis en garde contre les concurrents comme la Chine qui veulent contester le site de Meyrin (GR), exigeant un nouveau "virage". "L'unité européenne est notre plus grand atout", a-t-elle insisté, souhaitant étendre l'enveloppe de l'UE pour la recherche et annonçant un futur Acte européen de la recherche et un Acte européen de l'innovation.
Plus de 30 pays étaient représentés à la cérémonie qui a attiré environ 1000 personnes. La directrice générale du CERN Fabiola Gianotti ne cachait pas sa fierté. L'institution "est un grand succès pour l'Europe et ses partenaires internationaux", a-t-elle estimé. Elle est aussi "un moteur de l'innovation" dont les technologies sont exploitées ensuite par la société.
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le CERN s'était donné pour mission de soutenir une recherche scientifique d'excellence en Europe et de promouvoir une collaboration pacifique dans la recherche fondamentale. Le centre de recherche a été à l'origine de bien des découvertes et avancées. Une des plus connues est la confirmation de l'existence du boson de Higgs en 2012. Ce boson était la pièce encore manquante du "modèle standard" décrivant les particules élémentaires.
Plusieurs milliers de personnes
Le Grand collisionneur de hadrons (LHC) a ensuite été inauguré en 2008. La planification d'un FCC (Futur collisionneur circulaire), plus puissant que celui-ci, a démarré.
Le projet s'articule en deux temps, avec d'abord en 2048 un collisionneur électron-positron (des particules légères) afin d'approfondir la physique du boson de Higgs et celle de l'interaction faible. Il faudra attendre 2070 pour l'entrée en service du collisionneur proton-proton, qui sera prévu pour les particules lourdes.
Aujourd'hui, le CERN totalise 24 Etats membres et 11 Etats membres associés. Il rassemble une communauté comptant plus de 17'000 personnes du monde entier, représentant plus de 110 nationalités.