Annemasse: écœurement et colère après le saccage
Annemasse n’a pas échappé aux violences du week-end comme ailleurs en France. Malgré l’exaspération, les habitants se sont rassemblés, en signe de solidarité.
Samedi soir, Annemasse a basculé dans la violence. Comme un peu partout en France, des jeunes, pour certains mineurs, ont pris les rues et attaqué une dizaine de commerces. À cause du manque d’effectifs policiers, le chaos se prolongera jusque tard dans la nuit.
Deux jours plus tard, le calme est revenu, mais les stigmates sont toujours visibles. Dans cette enseigne, la police prélève des empreintes ADN. Devant sa boutique vide, cette commerçante est toujours sous le choc: «Que voulez-vous ressentir? Tout est détruit, tout est brûlé, vandalisé, pillé. Qu'est-ce que vous voulez ressentir à part de la colère?»
Les habitants, eux, sont sidérés. Chacun prend la mesure de ce qui est arrivé, même si l’incompréhension domine. Ici, cet habitant déplore que la police ne soit pas plus sévère et s’attend, à ce rythme, à la guerre civile, «parce qu'il y a trop de monde ici qui n'aime pas la France.» Là, un résident rappelle que sa cité, déjà en proie aux violences en raison du narcotrafic, n’avait pas besoin d’une nouvelle calamité.
«On les entendait rire. Il y avait une dimension très interpellante. On aurait dit qu'ils étaient en train de jouer»
À midi et quart, à l’appel de toutes les mairies de France, des habitants se sont rassemblés pour faire corps face à l’adversité. Pour le maire de la ville, qui est resté dans les rues jusqu’à 3 heures du matin, le contraste est saisissant: l’après-midi du 17 octobre, il fêtait dans la joie la nouvelle ligne du tram 17: «Il y avait vraiment une liesse populaire et des commerçants qui étaient tellement heureux de sortir de cette période de travaux en se disant «ça y est, on va pouvoir recommencer à travailler», témoigne Gabriel Doublet. Et dès 18h30, la situation a basculé et des petits groupes de jeunes gens ont commencé à semer le chaos. On les entendait rire. Il y avait une dimension très interpellante. On aurait dit qu'ils étaient en train de jouer.» Après le discours de l'élu, les habitants présents devant la mairie ont entonné la Marseillaise.
Durant le week-end, 40'000 casseurs ont saccagé et pillé 3'000 commerces en France, tandis que des groupes d’ultra-gauche ont attaqué et incendié des mairies et des bâtiments de l’État. Bilan à l’heure actuelle: 1'000 policiers blessés, 2'400 interpellations. Les dégâts se chiffreront en centaines de millions de francs.